Sa position délicate à la Race, les tensions dans le Golfe Persique, la menace de ne pas être un jour capitaine de Ryder Cup, l’influence néfaste du LIV Golf, son apogée au Masters 2025… Rory McIlroy a une fois encore régalé ce mercredi face aux médias en amont de l’Abu Dhabi Aldar Championship.
L.V.
On a beau se répéter mais à chaque fois que Rory McIlroy se présente en conférence de presse en amont d’un tournoi de golf, que ce soit sur le PGA Tour ou sur le DP World Tour, l’assistance en a pour son argent. Une fois encore, le Nord-Irlandais a été brillant ce mercredi à Abu Dhabi. A quelques heures seulement du premier tour de l’Abu Dhabi Aldar Championship, premier des deux play-offs de cette finale de la Race dans les Emirats arabes unis.
Une fois n’est pas coutume, Rory McIlroy n’est pas leader de la Race en ce début de mois de novembre. Ni deuxième. Le n°2 mondial, 3e avec presque 1 000 points de retard sur le leader, Eugenio Chacarra, n’a pas trop le choix cette semaine sur le Yas Links. Il doit signer un résultat probant pour combler son retard. Mais lors de ses 14 précédentes participations à ce tournoi longtemps placé en janvier dans le calendrier avant d’être décalé en fin de saison depuis cinq ans maintenant, il ne s’est jamais imposé. Problème ?
Même si je ne gagne pas, si je termine bien, je garderai l’impression d’avoir une sérieuse chance pour la semaine prochaine à Dubaï.
Rory McIlroy
« J’adorerais évidemment gagner et être dans cette position la semaine prochaine, avoue McIlroy. Mais ce qui me rassure, c’est le nombre de points en jeu cette semaine et la semaine prochaine (9 et 10 000 points entre Abu Dhabi et Dubaï). Donc, même si je ne gagne pas, si je termine bien, je garderai l’impression d’avoir une sérieuse chance pour la semaine prochaine à Dubaï. C’est donc agréable de savoir qu’une victoire serait la bienvenue, même si elle n’est pas indispensable. C’est vrai qu’une victoire me faciliterait grandement la tâche. C’est donc évidemment l’objectif. Mais même une bonne fin de semaine, ne serait-ce que pour rattraper un peu de terrain, serait un bon résultat. »
Même si quelque chose arrivait, je ne me sentirais toujours pas en danger. Les Émirats arabes unis ont d’excellents systèmes de défense.
Rory McIlroy
On le sait, les tensions dans le Golfe Persique en ce moment avec cette menace d’une reprise d’un conflit ouvert entre les Etats-Unis et l’Iran ont freiné les ardeurs de certains joueurs qui devaient prendre le départ de cet Abu Dhabi Aldar Championship. Onze d’entre eux, pourtant classés dans le top 70 de la Race, ont ainsi déclaré « forfait ». Interrogé sur sa présence cette semaine dans les Emirats, le Nord-Irlandais n’a pas botté en touche.
« Je ne pense pas que je ne me sentirais jamais en danger, déclare-t-il. Même si quelque chose arrivait, je ne me sentirais toujours pas en danger. Les Émirats arabes unis ont d’excellents systèmes de défense. Le seul problème, ce serait si l’espace aérien était fermé et qu’on se retrouvait bloqué ici pendant un certain temps, comme ça a été le cas pour certaines personnes en début d’année. Mais même là, je me sentirais toujours en sécurité. Je n’aurais pas l’impression d’être en danger. »
« Je me suis tenu au courant, j’ai continué à poser des questions auprès des instances du Tour qui est, évidemment, en contact permanent avec les autorités locales, poursuit-il. Si tout le monde estime que l’endroit est sûr, qui suis-je pour dire le contraire ? Etre là, c’est important pour moi. Je veux bien terminer l’année. Je voulais avoir une chance de remporter une autre Race to Dubai. Je n’ai pas l’impression de courir un risque en venant ici, mais même si c’était le cas, je pense que la récompense en vaut la peine. »
2019, l’année où tout aurait pu basculer
A moins d’un an de la Ryder Cup à Adare Manor où l’Europe défendra une fois encore son titre face aux Américains, Rory McIlroy a délivré un petit scoop durant cette riche conférence de presse en faisant allusion aux joueurs du LIV Golf souhaitant revenir sur le Tour européen mais n’étant pas éligibles pour un rôle de capitaine ou de vice-capitaine, ayant pour la plupart résilié leur adhésion comme membre au moment de leur passage sur le circuit saoudien.
« J’ai failli enfreindre cette règle, souligne-t-il. J’allais résilier mon adhésion au DP World Tour en 2019, et j’ai discuté avec Keith Pelley à l’époque. Je lui ai dit : « Écoute, tu sais, je suis basé aux États-Unis. Je veux me concentrer là-bas pendant un certain temps. » Et Keith m’a dit : « Pas de problème, mais tu sais que si tu renonces à ton adhésion ou si tu démissionnes, tu ne pourras plus être capitaine ou vice-capitaine de la Ryder Cup à l’avenir. » Alors j’ai répondu : « Eh bien, je ne vais pas faire ça alors. » J’étais sur le point de faire ce choix, et après avoir discuté avec Keith Pelley et pris connaissance des règles, je me suis dit : « Bien sûr que je veux être capitaine de l’équipe de Ryder Cup un jour. » Il n’y avait plus à décider. »
« J’ai moi aussi eu cette pensée à un moment donné, et ça n’avait rien à voir avec le LIV, reconnait-il encore. J’avais juste l’impression d’être trop dispersé, d’essayer de jouer partout. Mais tout le monde connaît cette règle, et tout le monde sait que si on renonce à son adhésion, c’est la conséquence. »
Ils se promenaient à Augusta en disant qu’ils voulaient détruire le Tour européen.
Rory McIlroy
Rory McIlroy a poursuivi sur la question toujours épineuse du LIV Golf et de l’avenir plus que jamais incertain du circuit dissident. Il a aussi pris connaissance d’un entretien que Guy Kinnings, le Directeur général du DP World Tour, a accordé à un média écossais, The Scotsman, et dans lequel il annonçait que le LIV Golf avait voulu la mort du Tour européen.
« Je partage entièrement l’avis de Guy, lâche-t-il. Ils ont pris les joueurs, ils ont pris les sponsors, ils ont transformé le golf professionnel en une véritable course à l’armement. Ils se promenaient à Augusta en disant qu’ils voulaient détruire le Tour européen. Je pense que ceux qui ne sont pas d’accord manquent cruellement de vision. Certes, une partie de l’argent a été bien utilisée, notamment pour créer l’International Series sur l’Asian Tour, ce qui a été formidable pendant quelques années. Mais qu’en est-il advenu de l’Asian Tour ? Ils l’ont complètement laissé à l’abandon. L’Asian Tour a fini par réintégrer le circuit en concluant récemment un partenariat avec le PGA Tour et le DP World Tour. »
« Encore une fois, c’était prévisible. Cela devait bien fonctionner pendant quelques années, jusqu’à ce qu’un événement comme celui-ci se produise, ou qu’ils réalisent qu’ils n’obtiendraient aucun retour sur investissement, ou encore qu’ils quittent le monde du golf pour investir dans un secteur réellement rentable. Je pense que pour assurer la pérennité du golf professionnel masculin, nous sommes dans une bien meilleure situation. »
Le Masters 2025, son apogée
Enfin, alors que la saison 2025-26 du Tour européen va s’achever le 15 novembre prochain avant que l’exercice suivant ne s’élance le 26 novembre en Australie, Rory McIlroy a confirmé que son premier Masters décroché en avril 2025 avait une saveur bien plus forte pour lui que son doublé un an plus tard à Augusta. Rien n’égalera ce qu’il a ressenti lorsqu’il a enfin accompli son Grand Chelem en carrière.
« Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit dans ma carrière qui puisse se comparer à ce premier titre et à la victoire du Grand Chelem, conclut-il. C’est quelque chose que je désirais depuis si longtemps, et j’ai commencé à douter que cela se réalise un jour. Oui, je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit d’autre… Je sais que pour le reste de ma carrière, peu importe ce que je gagnerai – et j’espère en gagner beaucoup d’autres –, le Masters 2025 restera probablement le point culminant de ma carrière. Ce sera l’apogée. 2026 était incroyable aussi, évidemment, mais 2025, oui, ça aura une signification un peu plus particulière pour moi. »
Photo : Warren Little / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP












