Entretien

Rory McIlroy : « J’ai fait un break et ça m’a fait du bien » et revient sur sa victoire au Players l’an dernier

13 février 2020

Rory McIlroy est le nouveau 1 mondial. Sa course pour la couronne a véritablement commencé avec sa victoire l’an dernier au Players.  Rory a accepté de nous parler de de 5e Majeur, du parcours de Pete Dye et de sa forme actuelle.

Rory McIlroy porte son regard au-delà du green en forme d’île du TPC Sawgrass. La nuit est tombée depuis longtemps mais les projecteurs de ce véritable stade de golf éclairent suffisamment pour pouvoir admirer le grand chef d’œuvre de l’architecte Pete Dye.

Il y a un an, la victoire de McIlroy au Players Championship a probablement été l’une des plus belles de sa carrière. Confronté à une avalanche de rivaux au dernier moment, il était sorti vainqueur d’un final haletant. Le golfeur nord-irlandais revient une fois de plus sur le théâtre de ce triomphe, qui contrastait fortement avec ses trois premières participations au tournoi puisqu’il n’avait jamais passé le cut.

Ne pas passer en force

« Je crois qu’à chaque fois que j’ai joué pour la première fois sur un parcours de Pete Dye, je n’ai pas su l’apprécier et je n’ai pas aimé, j’ai eu l’impression de ne pas pouvoir… cela m’intimidait sur le plan visuel », explique McIlroy. « J’ai l’impression que l’on finit par mettre la balle depuis le tee au même endroit que les autres, c’est un style de golf très stratégique. Je crois que j’avais besoin d’apprendre à jouer ce style de golf. J’étais têtu et je manquais de maturité. J’essayais passer en force sur ce parcours, c’est une chose à ne pas faire ».

Dye aurait souri en écoutant McIlroy exprimer sa frustration initiale. Après tout, il a lui-même déclaré un jour : « le golf n’est pas un jeu juste, alors pourquoi construire un parcours juste ? »

Cette déclaration est un coup de chapeau à Dye, le plus bel adieu à l’architecte décédé le 9 janvier à l’âge de 94 ans.

En effet, quelques heures à peine avant sa mort, McIlroy faisait l’éloge de son parcours.

« Pete, qui est entré en 2008 au World Hall of Fame du golf, a eu une influence majeure et laissé son empreinte dans le golf mondial, aussi bien au niveau professionnel qu’amateur », affirme Jay Monahan, commissaire du PGA Tour. « Il a dessiné quelques-uns des parcours de golf les plus célèbres du monde, mais le plus iconique est le Players Stadium Course du TPC Sawgrass. »

« C’est là que Pete a magistralement appliqué le concept révolutionnaire du stade de golf du commissaire Deane Beman, conjuguant la vision de Deane avec une création brillante, célébrée chaque année comme l’un des plus grands parcours stratégiques du monde à l’occasion du  Players Championship », ajoute-t-il.

Le joueur idéal pour un parcours Pete Dye

D’une certaine manière, McIlroy était le joueur idéal pour tester l’un des parcours les plus corsés dessinés par Dye. Il a manqué le cut du Players en 2009, 2010 et 2012, accumulant une douzaine de coups au-dessus du par lors de ces trois éditions.

Mais après 2012, il s’est mis en tête de reconstituer le puzzle de Dye. Il a fini dans les 15 premiers lors de ses quatre participations suivantes et, après une 35e place ex aequo et un nouvel échec au cut, il a réussi à rassembler toutes les pièces en remportant la victoire en 2019.

Pour toutes ces raisons, McIlroy entrera dans l’histoire comme le dernier golfeur à avoir dompté le Stadium Course lors des derniers jours de son créateur.

« Jay a dit quelque chose d’essentiel. Il a dit que c’était le parcours de golf le plus démocratique de tous », souligne McIlroy. « Il ne favorise personne. Il faut répondre présent, frapper les coups nécessaires et bien jouer du jeudi matin jusqu’au dimanche soir ».

« J’avais raté mes trois premiers cuts ici et j’ai donc mis du temps à comprendre ce parcours, » ajoute-t-il. « Mais je crois que j’ai fini par saisir sa logique ».

Désormais, il reste à savoir s’il peut asseoir sa légende en 2020 en confirmant sa victoire. Personne n’a encore gagné le Players deux années de suite, et seulement six joueurs ont remporté plusieurs éditions durant toute son histoire.

Ouvert à tous les styles

C’est ce que Pete aurait souhaité.

« De Fred Funk à Tiger Woods, en passant par Matt Kuchar et d’autres, tous types de golfeurs ont gagné ici, avec des styles très différents, c’est ça qui le rend particulièrement compliqué, » explique McIlroy. « Je crois que ce parcours est difficile parce qu’il n’est pas adapté à un style précis et qu’on peut le jouer de multiples façons, ce qui fait qu’il est ouvert à davantage de joueurs ».

Au fil des ans, les chiffres montrent que le parcours dessiné par Dye a consacré tous types de golfeurs. Tiger Woods est le seul à avoir remporté ce tournoi plusieurs fois depuis 25 ans, et c’est l’un des trois joueurs à l’avoir gagné en étant numéro un mondial – il l’a fait en 2001 et en 2013, tandis que Greg Norman y était parvenu en 1996 et Jason Day en 2016. Un quatrième joueur, David Duval (1999), s’est hissé au sommet du classement après sa victoire ici.

 

“Je pense que je peux rester longtemps numéro 1”

 

McIlroy pourrait bien rejoindre ce groupe fermé en mars puisqu’il est redevenu le numéro un mondial début février. Bien sûr, cela pourrait changer avant que le circuit revienne à Ponte Vedra Beach – il y a encore plusieurs rendez-vous, notamment un tournoi du World Golf Championship et l’Arnold Palmer Invitational, au moment de la rédaction de cet article –, mais McIlroy est en mesure d’arriver au TPC Sawgrass en tête du classement.

La confirmation de ce titre est une question historique pour McIlroy, qui se sent prêt à relever le défi.

« Je crois que suis le meilleur golfeur du monde quand je suis dans un bon jour, et je pense que je peux le rester pendant longtemps » affirme-t-il. « Je sens que je peux être le meilleur du monde dans un avenir proche, et je veux en tirer parti au maximum. Avec toute l’expérience que j’ai acquise et tout ce que j’ai appris depuis dix ans, je peux encore progresser au cours des dix prochaines années ».

Ce joueur de 30 ans a remporté quatre victoires en 2019, la première au Players en mars. Il a ensuite gagné le RBC Canadian Open, le Tour Championship, sa deuxième FedExCup et le prix du joueur de l’année du PGA TOUR. Il a clôturé l’année 2019 avec sa première victoire de la nouvelle saison au WGC-HSBC Champions et il est actuellement sixième au classement de la FedExCup.

 

“J’ai fait un break salutaire”

 

McIlroy s’est accordé un temps de réflexion sur tous ces succès en rangeant ses clubs au cours du dernier mois de l’année, à l’exception d’un tournoi bénéfique organisé par Jack Nicklaus le 1er décembre et d’un parcours avec son père Jerry dans son club de golf de Seminole, en Floride.

« J’ai fait un break et ça m’a fait beaucoup de bien, » explique McIlroy à propos de sa pause hivernale. « À mon retour aux États-Unis, le Jour de l’An, j’ai sorti les clubs du placard et j’ai commencé à m’entraîner ».

Cette longue trêve ne semble pas avoir nui à son jeu, puisqu’il a fini troisième ex aequo  de son premier tournoi en 2020, le Farmers Insurance Open.

Un si long repos pourrait poser des problèmes aux autres joueurs du circuit. McIlroy soutient que la plupart de ses objectifs de la saison sont liés aux statistiques – notamment le jeu court et le putt —mais il lâche également qu’il aimerait battre son record personnel de cinq victoires en une saison, établi en 2012.

« J’aimerais arriver à le dépasser un jour, donc je continue de me battre pour cette sixième victoire. Mais il y a beaucoup de facteurs qui interviennent pour gagner ces tournois, je dois donc me concentrer sur mon jeu et sur ce que je dois faire pour l’améliorer. Si tout va bien, j’espère arriver à ce sixième succès. Soulever ces trophées serait simplement le résultat de tout ce que je fais de bien en dehors du terrain de golf ».

Cette année, cela va faire dix ans que McIlroy a remporté sa première victoire sur le PGA TOUR : à 20 ans, ce jeune homme au visage poupin gagnait le Wells Fargo Championship avec une carte finale de 62. Depuis, il a engrangé 17 autres victoires, devenant une grande star du golf mondial.

Qui sait combien de trophées s’ajouteront dans sa vitrine avant qu’il mette fin à sa carrière ? En tout cas, il y a quelque chose de sûr : il pourra toujours se vanter d’avoir remporté une victoire – ou peut-être plus — sur le Stadium Course de Pete Dye.

« Cela compte beaucoup parce que c’est notre tournoi, et je crois que les autres joueurs apprécient cette victoire à sa juste valeur, » estime McIlroy. « Sincèrement, je crois que mon succès au Players l’année dernière a beaucoup joué dans mon prix du meilleur joueur de l’année sur le PGA TOUR. Je pense que les joueurs ont reconnu que ce trophée est très important et que tout le monde aimerait remporter ce tournoi ».

JLG

Photos PGA Tour

 

 

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