Pour un premier Masters, on a été servis avec le triomphe de Rory McIlroy, qui entre un peu plus dans l’histoire du jeu, et une météo exceptionnelle du premier au dernier jour. Voici nos cinq coups de cœur d’un tournoi aux charmes infinis…
De notre envoyé spécial à Augusta
Le parcours, les joueurs, le public… Ce sont les trois éléments matière du Masters. Dans cet ordre de préférence. Nos cinq coups de cœur pour une première visite à Augusta concernent les trois acteurs principaux d’un tournoi « blockbuster ». Qui possède aussi le charme d’un film d’auteur…
Le bruit
Habitué à suivre le Masters devant mon écran en long et en large depuis 25 ans, j’étais curieux d’entendre de mes propres oreilles les fameux rugissements des « patrons », notamment le dimanche. Je n’ai pas été déçu. Les « roars » sont en effet assez magiques et uniques. On devine le plaisir des gens à avoir assister à un bon coup quand on n’est pas sur le bon trou. Et on est tenté, nous aussi, de pousser ce grognement de plaisir quand on est aux premières loges d’un coup d’anthologie. Comme lorsque Scottie Scheffler, ici, a failli réussir un eagle d’un maître coup de fer. On était placé à 5 mètres du drapeau…
Scottie Scheffler closes the first nine with a birdie and leaps into the top five. #themasters pic.twitter.com/WkgpegxMnA
— The Masters (@TheMasters) April 11, 2026
Le bruit du Masters est à nul autre pareil. Si vous avez la (bonne) habitude de regarder tous les coups de tous les joueurs du Masters sur le site officiel, vous entendez aussi, peut-être, des petits « cui-cui » sur certaines vidéos où, disons, le joueur est peu médiatique. Et bien ces oiseaux, je les ai entendus, souvent, tout au long de la semaine. Ça donne un charme fou à ce tournoi qui est peut-être le tournoi le plus prestigieux de tous, mais qui est aussi un lieu de quiétude et de béatitude, loin de la fureur absolue d’une Ryder Cup par exemple.
Renseignements pris, ce sont des Merles bleus de l’Est (photo), des Moqueurs polyglottes et des Cardinaux rouges qui assurent cette ambiance bucolique. Les ornithologues apprécieront.
L’habileté des joueurs
J’ai déjà assisté à des Open britanniques, des Ryder Cup, des Open de France… J’ai déjà vu, je l’ai dit, mille fois le Masters à la télévision. Mais pour juger de la difficulté d’un coup à Augusta, rien ne vaut d’être sur place. Il y a les plateaux des greens qui se dessinent tellement mieux à l’œil, il y a l’effet donné à la balle pour la faire tenir sur la terre promise, sur le bon plateau, il y a les lignes de jeu à apprécier, dans les airs, par le sol aussi parfois…
C’est en étant au plus près de l’action que l’on voit à quel point le parcours est exigeant et à quel point ces joueurs sont forts.
Un exemple : nous étions placés au même niveau que la caméra pour ce deuxième coup de Viktor Hovland au trou n°14, le dimanche. Sa ligne de jeu était barré par des branches de pins, la fenêtre pour aller sur le green était minuscule. Après une discussion avec le caddie qui l’a rassuré en lui expliquant que le putt serait assez simple de la droite, le joueur norvégien a tapé exactement le coup annoncé : un fade assez bas, pour faire passer sa balle dans la seule voie possible par les airs. Le coup peut sembler normal en vidéo, il ne l’était pas… Résultat, une balle qui atterrit à droite du drapeau et un par facile. Du grand art.
Justin Rose
Il a encore échoué dans sa quête d’une verte verte, mais le joueur anglais est adoré à Augusta, et c’est mérité. Il s’est construit une histoire ici, avec ses deux défaites en play-offs, sa ténacité, son attitude toujours chevaleresque, y compris dans la défaite. L’Anglais de 45 ans ne se laisse pas affecter par le poids des âges. Il a mené de deux coups ce Masters 2026 avant de céder sur les neuf trous du retour.
Pour beaucoup, et moi le premier, il aurait fait un très beau vainqueur. L’Amérique raffole de ces histoires de persévérance, de résilience. Justin Rose a tout pour être aimé à Augusta. Le voilà désormais nanti de huit top 10, cinq top 5, quatre top 3 au Masters. Je sais pour qui je vais vibrer l’année prochaine. Tout le monde se lève pour Justin Rose !


La vue
Je craignais de ne pas voir grand-chose sur les parties stars. Car ici tout le monde est logé à la même enseigne, pas de gens à l’intérieur des cordes, pas de privilège pour la presse, et la foule est évidemment très nombreuse. Alors oui, sur les parties de Rory McIlroy, Bryson DeChambeau, Jordan Spieth, ceux qui emportent les suffrages du public américain, il vaut mieux être grand pour bien voir l’action. Mais c’est possible.
Je n’arrivais pas à croire à quel point il est facile de se déplacer à pied à Augusta National et à quel point c’est un parcours idéal pour les spectateurs. Grâce à de nombreux points surélevés, grâce au dénivelé du parcours, on voit bien. Le Masters est exceptionnel à regarder. Et le fait que les gens n’aient pas de téléphone sur le parcours est aussi essentiel pour que tout le monde n’ait pas la vue bouchée par un coude levé. Et puis, il a fait beau, très beau. Et ça aussi, j’ai beaucoup aimé.
Le trou n°10
On l’a déjà écrit, le parcours d’Augusta National est un chef-d’œuvre, un bijou. Une splendeur visuel et un formidable défi sportif pour les joueurs. Ce que je ne soupçonnais pas avant de le découvrir, c’est la beauté du trou n°10. Pour les spectateurs qui descendent le long du fairway par la droite, admirer le deuxième coup est un « must do ». La vue plongeante vers ce green est vertigineuse, époustouflante. A couper le souffle.
On en a profité pour effectuer un petit pèlerinage sur ce trou. Le coup de wedge frappé par Bubba Watson en 2012 pour gagner en play-off nous paraît encore plus invraisemblable quand on a posé les pieds là où il a joué. On a aussi arpenté le trou par la gauche, et on a du mal à croire que lors de son triple bogey en 2011 lors du dernier tour, Rory McIlroy ait envoyé son drive près d’une maison situé d’après nos calculs à pied, à à peine 100 mètres du départ, et à 80 bons mètres sur la gauche du fairway.
Quoi qu’il en soit, c’est un trou sublime. Qui mériterait une réputation encore plus grande, comme le mérite le trou n°12 où on a passé aussi beaucoup de temps.
©The Masters

Le bruit
L’habileté des joueurs

Justin Rose


Le trou n°10












