Wyndham Clark est largement revenu sur les incidents survenus sur le parcours après sa victoire dans le 126e U.S. Open. Même s’il ne comprend pas et que cela lui laisse un goût amer, il explique comment il a réussi à en faire abstraction.
Après votre putt sur le 18, vous avez évoqué le fait de « rallier le public à votre cause ». Qu’est-ce que vous avez entendu comme commentaires ? Et comment comptez-vous vous à l’avenir changer ce rapport avec les spectateurs ?
WYNDHAM CLARK : Clairement, ils ne voulaient pas me voir gagner. C’est assez rare dans un tournoi Majeur de sentir la foule siffler vos coups ou applaudir vos erreurs.
C’était dur, mais en même temps… J’aime bien être l’outsider, parfois. En 2023, c’était pareil. Chaque fois que quelqu’un disait un truc négatif sur moi, je le remplaçais mentalement par quelque chose de positif. Une partie de ces réactions, je la mérite — c’est moi qui ai mis le feu aux poudres et je comprends aussi qu’ils auraient aimé que Scottie (Scheffler) fasse le Grand Chelem en carrière car cela ne se présente pas pas souvent.
C’était difficile, mais je suis fier d’avoir tenu. Les choses auraient pu m’échapper complètement. J’ai résisté. J’aurais aimé gagner avec plus d’avance, mais tant qu’on gagne, le reste ne compte pas.
Votre père vous a fait la surprise d’être là sur le 18. Après tout ce que vous avez traversé ensemble, qu’est-ce que ça représentait de l’avoir là pour votre victoire ?
W.C. : Il n’avait jamais été là pour me voir gagner. Ça, c’est déjà énorme. Mais en plus, c’était la fête des pères. En 2023, je lui avais offert une belle fête des pères à distance, mais je savais qu’il voulait être là en personne.
Alors quand il m’a fait la surprise… C’était incroyable. J’ai hâte de passer du temps avec lui ce soir pour fêter ça, parce que cette victoire n’est pas que la mienne. C’est celle de toute mon équipe — John Ellis, Big Wave, mon agent, mes coachs, mes préparateurs, ma famille. Il y a beaucoup de gens derrière moi. Je suis heureux qu’il ait pu être là.
J’ai traversé une période très sombre, je ne sortais quasiment plus
Gagner un Majeur est déjà suffisamment difficile en temps normal. Là, avec tout ce qui se passait autour de vous… Comment avez-vous trouvé la concentration et le calme nécessaires dans une ambiance aussi hostile ?
W.C. : On plaisantait avec Dave (son caddie) : chaque fois qu’on entendait quelqu’un m’encourager, je lui disais “ah, voilà quelqu’un qui m’aime !” Ça permettait de dédramatiser un peu.
Mais c’est vraiment dur. J’ai joué la Presidents Cup et la Ryder Cup à l’étranger, et l’ambiance aujourd’hui était similaire.
La semaine dernière au Canada m’a aussi aidé — le public n’était pas tendre le dernier jour. Tout ça mis bout à bout, je me suis dit : j’ai déjà vécu ça, c’est nul de se faire siffler, mais je peux m’en sortir. Et il n’y a rien de mieux que de gagner devant un public hostile.
C’est nul, ce qui vient de se passer, mais on a un coup d’avance au départ du 18.
Quel a été votre moment le plus difficile ? À quel point vous êtes-vous senti loin du but ?
W.C. : Ce qui s’est passé à Oakmont (il a brisé un casier de rage et s’est fait bannir à vie par le club), m’a fait toucher le fond. Les gens n’ont probablement pas vu ce qui a suivi, mais les deux ou trois jours d’après ont été vraiment très difficiles. J’ai traversé une période très sombre, je ne sortais quasiment plus. Tout me semblait s’effondrer — mon classement, ma réputation, ma carrière.
À ce moment-là, je ne pensais vraiment pas pouvoir à nouveau me retrouver là où je suis aujourd’hui. Mais j’ai bossé dur cet hiver sur mon swing, sur ce qu’il fallait améliorer. Et en voyant les résultats revenir, j’ai progressivement retrouvé confiance.
En arrivant ici, j’avais vraiment le sentiment que je pouvais gagner. J’avais joué un golf exceptionnel au Memorial. Au Canada même en jouant moyennement, j’avais failli l’emporter. Alors je me suis dit : si je suis au niveau, je peux gagner.
Quel moment du jour vous a semblé le plus problématique ?
W.C. : Le bogey au 5 était vraiment mauvais. On voulait jouer court et laisser la balle rouler sur le green. Elle a volé 10 mètres de trop et ça m’a mis dans une mauvaise position. C’était pas simple à gérer.
Et puis le bogey au 17, ça m’a secoué. Mais là, Dave m’a dit : « On est exactement là où nous voulions être. C’est nul, ce qui vient de se passer, mais on a un coup d’avance au départ du 18. Mercredi soir, on aurait signé tout de suite pour ça. »
He missed it 😳
— U.S. Open (@usopengolf) June 21, 2026
Wyndham Clark with a three-putt bogey on 17.
Will take a 1-shot lead to the 18th tee. pic.twitter.com/IllwVYvlEp
En 2023, Rickie Fowler était le chouchou du public. Vous aviez dit que vous et Julie (sa préparatrice mentale) aviez mis en place un stratagème pour qu’à chaque fois que quelqu’un criait son nom, vous vous disiez de vous sentir « arrogant » et de penser à vos objectifs. Cette semaine, vous aviez un mantra similaire ?
W.C. : Oui, dans le même esprit. Je me suis attaché à me remémorer ma routine. Et je savais qu’il y aurait beaucoup de pression contre moi et d’encouragements pour Scottie. Alors pareil : à chaque fois que j’entendais quelque chose de négatif, je le remplaçais par quelque chose de positif — sur moi, sur mon jeu, sur ce qui allait arriver. Ce n’était pas exactement « sois arrogant », mais c’était la même logique.
Julie était sur le practice avec vous. C’est quelque chose que vous faites avant chaque tour, ou seulement dans des moments importants ?
W.C. : Cela arrive parfois. C’est elle qui estime lorsque c’est nécessaire. Moi, je suis à l’aise dans les deux cas. Parfois, c’est bien de parler de tout et de rien pendant l’échauffement, juste pour ne pas être trop centré sur ce qui m’attend. Et puis elle a quelques mots clés avant que je parte — « rappelle-moi tes objectifs », « quelle est ton intention aujourd’hui ? ». C’est précieux quand elle est là.
Pouvez-vous nous parler de la décision de jouer le driver au 10 et de la difficulté du deuxième coup ?
W.C. : On joue presque toujours le driver sur ce trou. Le vent venait légèrement de droite, pas dans le dos, alors on s’est dit : si on peut arriver avec un wedge en main, et que le vent ne souffle pas dans le dos, on pourra tenir la balle sur le green.
On voulait aussi idéalement se retrouver avec un coup en montée — ça permet de la mettre plus haute et d’arrêter plus facilement la balle.
Je n’espérais pas finir aussi près. C’était clairement l’un des meilleurs coups de ma journée. J’ai frappé un coup parfait, ça a marché.
On a vu Ted Scott vous embrasser sur le 18. Scottie vous a-t-il dit quelque chose aussi ?
W.C. : Scottie et moi, on est amis. Il est classe. Il m’a dit : “Félicitations, tu as très bien joué.” Ted, lui, a fait l’effort de venir me trouver pour me dire : “Tu as fait preuve de cran. Personne ne t’encourageait, et t’as tenu, et t’as gagné. C’est impressionnant.”
Parfois on vous sent en colère sur le parcours, comment gérez vous votre frustration maintenant ?
W.C. : Honnêtement, je me mets beaucoup moins en colère qu’avant. Il y a de la frustration, c’est normal dans ce jeu. Mais la vraie colère… elle est partie. C’est une vraie libération.
Vous savez pourquoi ?
W.C. : Plusieurs choses, je crois. Ma vie en dehors du golf se passe très bien. Mon jeu est dans une bonne passe. Je suis plus heureux, tout simplement. Et l’an dernier, je me suis trop laissé prendre par des choses qui n’en valaient pas la peine.
Comment vous êtes-vous sorti de cette période sombre après Oakmont ?
W.C. : Ça a pris du temps. J’ai une équipe formidable autour de moi — ils ont fait une sorte de cocon pour m’aider à traverser ça.
J’essaie un peu d’effacer cette période de ma mémoire, mais je me souviens que c’était vraiment dur. Et ça ne s’est pas arrêté là — j’essayais de me qualifier pour la Ryder Cup, et ne pas y arriver m’a mis encore un coup dans l’estomac.
De juin à août l’an dernier, c’était vraiment difficile. Mais je suis content de m’en être sorti.
Au 16, votre drive est parti très à gauche dans la fescue. Jim “Bones” Mackay, à la télévision, a dit que votre lie était « absolument horrible ». A quoi cela ressemblait exactement ?
W.C. : Ce n’était vraiment pas terrible. Mais la fescue ici n’est pas trop épaisse, pas très compacte et dense. Dans 75 % des cas, vous pouvez jouer la balle depuis ce type de lie. J’ai réussi à toucher l’arrière de la balle, et même si l’herbe était dense autour, j’ai estimé qu’elle pouvait ressortir en la frappant fort.
Ça n’a pas été tout à fait parfait, mais je suis content d’avoir réussi le coup car cela aurait pu tourner au désastre.
Recovery into the fairway for Clark from the fescue.
— U.S. Open (@usopengolf) June 21, 2026
Carries the bunker. Excellent shot. pic.twitter.com/Z5x8ERcsFh
Vous vous êtes beaucoup excusé pour l’an dernier à Oakmont. Est-ce que cette victoire clos le chapitre ? Et si ce n’est pas le cas, acceptez-vous l’idée de devenir le « méchant » du circuit ?
W.C. : J’espère vraiment que cela referme la page. Dans ma tête, c’était peut-être la dernière occasion — un an est passé, j’espère que cela s’estompe. Je ne veux pas devenir le vilain du circuit.
Mais bon, si c’est le cas… toute publicité est bonne à prendre, non ?
On entendait Dave vous répéter « good process » avant chaque coup. Qu’est-ce que ces mots représentent pour vous ?
W.C. : Mon « process », c’est : choisir le bon club, lui faire confiance, être décisif, avoir ma cible intermédiaire, puis appuyer sur la détente — simplement, sans autres pensées dans la tête.
Chaque fois qu’il me le rappelait, ça me ramenait dans le coup. Plus dans l’instant, et en laissant le bogey que je venais de faire ou le birdie que l’autre venait de réussir derrière moi. Ça m’ancrait. Je n’y suis pas arrivé si souvent aujourd’hui, mais les fois où j’y suis arrivé, c’était un vrai soulagement.
Vous avez déjà eu ce trophée en mains. Il y a des choses que vous n’avez pas pu faire avec la dernière fois et que vous comptez faire cette fois ?
W.C. : On n’avait pas vraiment été sages la dernière fois. Cette fois, je serai peut-être un peu plus respectueux (rires). Non, on n’a rien fait de mal — on l’a emmené partout, on a tout fait avec lui.
Mais là, je pense que je le confierai davantage à mon coach, à mon préparateur, à l’équipe — que ce soit eux qui en profitent. La dernière fois, j’avais toujours le trophée avec moi. Là, c’est vraiment une victoire collective.
Vous avez prévu de boire du vin dans la coupe ce soir ?
W.C. : On va définitivement ouvrir des bouteilles. Beaucoup de bouteilles.
Vous avez une idée du cépage ?
W.C. : La dernière fois, l’USGA avait sorti du Screaming Eagle*, difficile de faire mieux. J’espère qu’ils ont quelque chose d’équivalent. Ce que je peux vous dire, c’est que le Trophée sera rempli à ras bord.
Julie a mentionné que vous aviez fait un rêve hier soir, mais sans vouloir en dire plus. Vous pouvez nous en parler ?
W.C. : Oh, rien de prophétique, rassurez-vous. C’était juste le rêve le plus dingue de ma vie. Mais je ne peux vraiment pas vous dire son contenu (rires). Ce n’est pas possible d’évoquer celà en public.
*Un composé de cabernet sauvignon, de merlot, de cabernet franc et de sauvignon blanc.
©Logan Whitton / USGA














