Deux mois après le sacre de Aaron Rai au PGA Championship, en Pennsylvanie, au Aronimink Golf Club, Jean-Claude Forestier (photo) a savouré la victoire de Ryan Fox au Royal Birkdale. Deux anciens vainqueurs du Vaudreuil Golf Challenge, dont il est le promoteur depuis la création du tournoi en 2013.
Propos recueillis par Lionel VELLA
Indirectement, le Vaudreuil Golf Challenge est une fois encore à l’honneur en ce milieu de mois de juillet. Deux mois après le succès d’Aaron Rai à l’USPGA, également vainqueur en Normandie en 2017, c’est au tour de Ryan Fox de décrocher un Majeur. The Open. Peut-être le plus prestigieux car le plus ancien… Le Néo-Zélandais, aujourd’hui âgé de 39 ans, avait été aussi le plus fort chez Jean-Claude Forestier en 2015, deux ans après la création du tournoi sur le Challenge Tour, rebaptisé depuis HotelPlanner Tour. Il se souvient.
GOLF PLANETE : Décidément, on ne parle que du Vaudreuil ces derniers temps via les tournois du Grand Chelem. Vous devez être fier, non ?
Jean-Claude FORESTIER : Très fier, oui ! Mon épouse Véronique avait joué avec Ryan Fox le Pro-Am quand il avait gagné au Vaudreuil en 2015. A l’époque, son coach, qui lui servait aussi de caddie, s’appelait Marcus Wheelhouse, un garçon qui travaille au Royal Auckland et avec qui nous avons gardé le contact. C’est extraordinaire ce qu’il vient de vivre. Pour nous, c’est un symbole de voir des vainqueurs de l’HotelPlanner Tour faire des carrières comme ça et gagner un Majeur. Des choses qu’ils n’auraient certainement pas imaginées quand ils ont gagné au Vaudreuil. Mais vraiment, Ryan Fox le mérite. Et il est d’une telle gentillesse !
G.P. : Il a su aussi s’émanciper d’un nom parfois un peu lourd à porter, étant le fils de Grant Fox, l’un des plus grands rugbymen de l’histoire des All Blacks…
J.C.F. : Ah oui, complètement. En Nouvelle-Zélande, il est très connu, d’abord pour lui-même et non pas parce qu’il est le fils de Grant Fox, justement. Malgré la passion du rugby qu’ils ont là-bas. Il a une vraie personnalité. C’est ce qui est le plus important. Il est connu comme étant un grand champion, au même titre que ses compatriotes golfeuses et golfeurs, Lydia Ko, Michael Campbell et Bob Charles…
Je me souviens d’un garçon très appliqué, très consciencieux, qui travaillait beaucoup avec son coach.
Jean-Claude Forestier
G.P. : Quel souvenir gardez-vous de lui quand il s’est imposé chez vous le 26 juillet 2015, un coup devant le Français Thomas Linard ?
J.C.F. : Je me souviens d’un garçon très appliqué, très consciencieux, qui travaillait beaucoup avec son coach. Sur des points assez insistants, sur les reconnaissances du parcours aussi. Il ne laissait rien au hasard. Il est instinctif mais il bosse beaucoup. Après, vous savez, au Vaudreuil, il y a 156 joueurs, c’est difficile de se souvenir de façon précise comme ça de tout le monde. Mais c’est ça qui me revient. En revanche, je crois qu’il ne logeait pas sur le site du Vaudreuil, contrairement à Aaron Rai quand il gagne en 2017. Lui, il était chez un voisin, avec son père, sur le golf.
G.P. : Quelle différence pourriez-vous faire entre vos deux « Champions » Aaron Rai et Ryan Fox ?
J.C.F. : Ce sont deux tempéraments très différents. Un (Rai) qui est plus attentionné, et l’autre (Fox) qui est plus instinctif. Ryan Fox est un grand sportif. Il a été impressionnant dans son attitude durant ces quatre tours à The Open (Ndlr, avec notamment un 62 (-8) le samedi pour égaler la carte la plus basse jamais signée dans un British). Quand il s’est retrouvé planté dans ce bunker (au trou n°15) dimanche… C’est incroyable la façon dont il a géré ce passage et plus globalement cette journée-là après avoir été 85e à l’issue du premier tour (Ndlr, il pointait à sept coups du leader, l’Américain Jackson Suber).
En Nouvelle-Zélande, il y a pas mal de parcours de golf, et notamment des links. Je pense que son caractère intuitif de jouer très vite est admirable. Il a fait preuve d’une remarquable résilience… A l’image de la Nouvelle-Zélande quelque part, un pays extrêmement sportif mais aussi proche de la nature. On y retrouve une ambiance bienveillante, sans un mot plus haut que l’autre, beaucoup d’acceptation de l’étranger aussi… On connait bien la Nouvelle-Zélande puisqu’on y va ma femme et moi tous les ans, pendant un mois et demi. Notre fille habite Auckland, avec son mari et ses trois petits bambins. Ils ont la double nationalité. On a donc un lien fort avec ce pays.
G.P. : Avez-vous eu Ryan Fox au téléphone ou lui avez-vous envoyé un message de félicitations ?
J.C.F. : Non, pas encore. Je lui enverrai un petit message, mais dans quelque temps… Je ne les embête jamais. Sauf si je les croise sur un tournoi… Je ne prends jamais de photos avec eux. Je n’aime pas du tout déranger, je ne demande jamais rien. J’ai toutefois revu Ryan Fox à l’Open de France, il y a trois ans. Au Golf National. Il était au Players Lounge en compagnie de Aaron Rai et de Richard McEvoy, tous les trois vainqueurs au Vaudreuil (Ndlr, aucun n’avait franchi le cut). Je suis allé les voir. Je voyais que je ne les dérangeais pas. Je me suis présenté à eux. Je leur ai rappelé que je leur avais décerné le trophée le dimanche après leur victoire respective. Ils se souvenaient. Ils ont été polis (sic).
G.P. : Comment voyez-vous la suite de sa carrière, malgré ses 39 ans ?
J.C.F. : Il va en profiter, avec un statut à part désormais en tant que vainqueur d’un Grand Chelem (Ndlr, 5 ans d’exemption au Masters, au PGA Championship et à l’U.S. Open. Exempt à The Open jusqu’à l’âge de 55 ans). Sur le PGA Tour, les tournois s’enchainent mais tu n’as pas des milliers de kilomètres à avaler non plus. Les enfants peuvent suivre (Ndlr, il a deux filles avec sa femme Anneke)… Il vit en Floride pendant la saison du PGA Tour mais il possède aussi un domicile à Londres quand il vient jouer de façon ponctuelle sur le DP World Tour. Et puis il passe deux mois à Auckland chaque année pendant l’intersaison.
Photos : Hubert Privé













