À l’heure où le PGA Tour vient d’annoncer une profonde refonte de son organisation pour 2028, avec notamment une nouvelle structure de compétition et une finale repensée, Nick Faldo se veut très critique envers le circuit américain. L’ancien numéro 1 mondial regrette que le golf n’ait jamais réussi à créer le véritable World Tour qu’il imaginait, même si ce circuit mondial pourrait voir le jour dans deux ans.
Le constat de Nick Faldo est désabusé. À ses yeux, le golf professionnel a raté une occasion historique : celle de créer un véritable circuit mondial réunissant les meilleurs joueurs de la planète, capable de voyager d’un continent à l’autre et de donner au golf européen une place à la hauteur de son histoire. Quarante ans après avoir imaginé cette compétition idéale, l’ancien numéro 1 mondial estime que le DP World Tour doit désormais trouver d’autres solutions pour exister face à la puissance du PGA Tour.
La légende anglaise n’est pas convaincue par la possible création d’un « World Tour » en 2028 avec un projet d’une dizaine de tournois « haut de gamme », un projet pourtant adoubé par Pascal Grizot.
À première vue, cela semble répondre au souhait formulé par Faldo. À y regarder de plus près, il en est pourtant assez éloigné.
Le World Tour dont Faldo rêvait
Dans son entretien avec Today’s Golfer, Faldo ne cache pas sa frustration. Pour lui, le golf professionnel aurait pu, depuis plusieurs décennies, construire un véritable circuit planétaire réunissant les meilleurs joueurs.
« Il y a eu plusieurs fois l’opportunité de créer un circuit mondial réservé aux 120 meilleurs joueurs de la planète », explique-t-il.
Son idée s’appuie sur celle de l’ATP et de la WTA, les circuits mondiaux du tennis : les 120 meilleurs joueurs du monde auraient voyagé d’un continent à l’autre, de l’Australie au Moyen-Orient, puis aux États-Unis avant de revenir en Europe. Un véritable championnat mondial, dans lequel aucune région ne serait simplement considérée comme un satellite du marché américain.
« Mais ça n’arrivera pas », estime aujourd’hui Faldo. Sa cible est clairement identifiée : le PGA Tour.
« L’Amérique veut être et rester le numéro un, et un vrai circuit mondial n’a pas d’intérêt pour eux. »
Pour Faldo, le problème est structurel. L’Amérique a construit le circuit le plus puissant économiquement et sportivement, et n’a jamais réellement eu intérêt à partager cette position dominante.
Et pourtant, le projet 2028 arrive
L’actualité vient bousculer le discours de Faldo.
Selon une information révélée par The Telegraph, le PGA Tour et le DP World Tour travaillent, on l’a dit, sur une série de neuf événements mondiaux qui pourrait voir le jour en 2028. Plusieurs destinations sont envisagées : Angleterre, Dubaï, Abu Dhabi, France, Espagne, Italie, Australie, Afrique du Sud et Extrême-Orient.
Le principe serait de profiter de la période située entre la fin de la saison principale du PGA Tour et le début de la suivante pour proposer une succession de grands tournois internationaux.
Mais ce n’est pas encore le World Tour espéré par Nick Faldo.
Les « Global Series » resteraient des tournois du DP World Tour, et non un nouveau circuit réunissant les 120 meilleurs joueurs du monde. L’objectif est davantage de rapprocher les deux calendriers que de les fusionner.
Autrement dit, le PGA Tour ne renoncerait pas à sa position dominante. Il ajouterait une dimension internationale à son système.
Et c’est probablement là que Faldo rester sur sa faim.
« Eux d’abord »
L’ancien champion souhaite une véritable redistribution de la puissance du golf professionnel.
Son constat sur le DP World Tour est particulièrement préoccupant. « L’été, le circuit européen est moribond », juge-t-il. Effectivement lorsque les meilleurs joueurs se concentrent sur les États-Unis, les grandes épreuves européennes perdent une partie de leur attractivité.
Pourtant, insiste l’ancien vainqueur du Masters et de l’Open britannique, l’Europe possède des tournois exceptionnels. Les Opens nationaux bénéficient notamment d’une atmosphère et d’une histoire que beaucoup d’épreuves américaines ne peuvent reproduire.
Matt Fitzpatrick partage cette analyse. Dans une interview accordée à CBS, l’Anglais plaidait pour que davantage de grands tournois européens soient intégrés au système commun avec le PGA Tour. Il citait notamment le BMW PGA Championship de Wentworth, l’Open d’Italie et le BMW International Open.
Faldo abonde : « Je suis d’accord avec Matt, évidemment. »
Mais il ajoute immédiatement : « L’Amérique se préoccupe d’abord de ses intérêts. »
Un projet qui répond surtout aux besoins du PGA Tour
Le projet de Global Series 2028 intervient à un moment où le PGA Tour réorganise profondément son propre calendrier.
À partir de 2028, le circuit américain doit notamment mettre en place une nouvelle architecture à deux niveaux et une finale totalement repensée. Le nouveau système sera centré sur une Championship Series, tandis que la saison se terminera par une compétition de match-play réunissant les meilleurs joueurs.
La Global Series peut donc être vue comme une pièce supplémentaire de cette nouvelle architecture : elle offre au PGA Tour une présence internationale plus forte sans abandonner son pouvoir économique ou son calendrier américain.
C’est précisément ce que Faldo aurait probablement voulu éviter.
Photo by Harry How / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP













