Le projet LIV Golf 2.0 vient de subir un coup probablement fatal. Après le retrait de BC Partners, qui devait apporter jusqu’à 300 millions de dollars, le refus de plusieurs figures majeures du circuit, dont Bryson DeChambeau, compromet sérieusement toute possibilité de relance pour 2027. La fin de l’aventure saoudienne semble désormais se rapprocher.
L’espoir d’une nouvelle vie pour LIV Golf s’est brutalement envolé. Alors que le circuit saoudien cherchait désespérément une solution pour poursuivre son activité après 2026, BC Partners Credit semblait avoir trouvé la réponse en proposant un investissement pouvant atteindre 300 millions de dollars.
Cette opération devait permettre de restructurer la ligue, de lancer une nouvelle formule baptisée LIV Golf 2.0 et de bâtir un modèle économique plus durable.
Mais cet investissement était soumis à une condition essentielle : obtenir l’engagement d’un nombre suffisant de joueurs pour garantir l’attractivité du nouveau projet. Or, cette condition n’a pas été remplie. BC Partners aurait donc décidé de renoncer à son investissement.
DeChambeau, Johnson, Smith et Niemann disent non
Le véritable coup de massue vient des joueurs eux-mêmes. Bryson DeChambeau, Dustin Johnson, Cameron Smith et Joaquin Niemann auraient refusé de signer les nouveaux engagements proposés pour 2027.
Tout n’a pas été géré de manière suffisamment efficace
Bryson DeChambeau, le 2 novembre dernier
Le cas de DeChambeau est particulièrement révélateur. En début de semaine, le double vainqueur de l’US Open affichait pourtant un certain optimisme concernant l’avenir de LIV Golf. « Les choses vont être faites correctement et, je l’espère, cette ligue pourra exister éternellement », avait-il déclaré. Tout en nuançant son propos : « J’étais très enthousiaste à propos du concept de golf par équipes. Cela me tient toujours énormément à cœur. Mais tout n’a pas été géré de manière suffisamment efficace. »
Le Bison évoquait alors une organisation davantage structurée autour des équipes, une meilleure gouvernance et un modèle économique plus responsable.
Il avait même expliqué que son équipe, Crushers GC, avait réalisé près de 29 millions de dollars de chiffre d’affaires pour environ 21 millions de dépenses, soit quelque 8 millions de bénéfices.
Mais entre les déclarations d’intention et l’engagement contractuel, le fossé semble s’être creusé. Son refus de rejoindre LIV 2.0 aurait donc refroidi les investisseurs et les partenaires commerciaux.
Un exode des stars qui fragilise définitivement la ligue
Ces nouveaux refus viennent s’ajouter à une longue liste de départs. Jon Rahm, Tyrrell Hatton, Sergio Garcia, Ian Poulter, Louis Oosthuizen et Graeme McDowell figurent notamment parmi les joueurs qui ont renoncé à poursuivre l’aventure.
Quelques joueurs, comme Richard Bland, Cameron Tringale, Brendan Steele et Ben Campbell, avaient manifesté leur volonté de continuer en 2027. Mais leur soutien ne suffit manifestement pas à convaincre les investisseurs que LIV Golf peut conserver une véritable valeur sportive et commerciale.
Sans ses principales vedettes, l’intérêt des diffuseurs, des sponsors et du public risque de s’effriter considérablement.
Plus de 5 milliards de dollars investis par l’Arabie saoudite
Depuis son lancement, LIV Golf aurait englouti plus de 5 milliards de dollars provenant du Public Investment Fund (PIF) saoudien. Cette manne financière a permis de proposer des primes à la signature considérables, des dotations exceptionnelles et un calendrier international ambitieux.
Le circuit avait également réussi à attirer des sponsors, à développer son implantation en Australie et en Afrique du Sud, ainsi qu’à remplir plusieurs de ses tournois.
Mais ces succès n’ont pas permis de résoudre le problème fondamental : LIV Golf n’a jamais démontré sa capacité à financer durablement son fonctionnement sans l’aide massive du fonds souverain saoudien.
Le PIF ne souhaitant plus poursuivre son financement au-delà de 2026, la recherche d’un nouvel investisseur était devenue vitale. Le retrait de BC Partners prive donc la ligue de son principal espoir de survie.
Vers une liquidation de LIV Golf ?
La situation est désormais plus que préoccupante. Une fermeture progressive des activités de LIV Golf apparaît désormais comme une éventualité très sérieuse. La procédure judiciaire en cours pourrait également ouvrir la voie à une liquidation des actifs restants.
Ce jeudi 5 novembre constitue en effet une échéance judiciaire majeure pour la ligue. Une audience est programmée devant le tribunal des faillites du New Jersey, à Trenton. Le tribunal doit examiner plusieurs dossiers concernant les contrats, les baux et les actifs de LIV Golf. Une liquidation pourrait devenir le scénario privilégié.
L’arrivée récente de Mark King, ancien dirigeant de TaylorMade, comme conseiller stratégique, laissait pourtant penser que le circuit dissident préparait sérieusement son avenir à long terme. Ce scénario semble aujourd’hui largement compromis.
Le PGA Tour, grand gagnant ?
Si la disparition de LIV Golf se confirme, le paysage du golf professionnel pourrait être profondément bouleversé. Le PGA Tour pourrait retrouver une position dominante et devenir une destination privilégiée pour plusieurs joueurs souhaitant retrouver les circuits traditionnels.
Mais les retours ne seront pas nécessairement simples. Les conditions d’éligibilité, les éventuelles sanctions et les négociations contractuelles pourraient compliquer la situation de certaines stars.
Une question demeure également : que deviendront les équipes, les contrats, les investissements et les infrastructures développés depuis la création de la ligue ?
La fin d’une expérience à plusieurs milliards ?
LIV Golf avait promis de révolutionner le golf professionnel avec des compétitions par équipes, un format plus spectaculaire et des rémunérations jamais vues dans l’histoire de ce sport.
La ligue a incontestablement réussi à bousculer l’ordre établi et à attirer quelques-uns des meilleurs joueurs du monde. Mais elle semble aujourd’hui victime de sa principale faiblesse : une dépendance financière presque totale à l’égard de son bailleur de fonds saoudien.
Le refus des grandes stars de s’engager pour 2027 et le retrait de BC Partners pourraient bien signer la fin d’une aventure qui aura coûté plusieurs milliards de dollars.
Le golf professionnel pourrait donc se retrouver face à un scénario que peu imaginaient lors du lancement de LIV Golf : le retour à un paysage dominé par les circuits traditionnels, après plusieurs années de guerre financière et sportive.
Photo : Warren Little / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP












