En application depuis le 1er janvier 2025, la révolution promise par la loi Labbé n’a pas vraiment eu lieu sur les parcours de golf, notamment grâce aux dérogations obtenues lorsque les produits de bio contrôle s’avèrent encore inefficaces. Cette date butoir a en tout cas donné lieu à une véritable prise de conscience des acteurs de la filière, qui se sont organisés pour diminuer l’impact environnemental négatif des parcours de golf (dont il faut également souligner l’impact positif sur l’environnement). La recherche avance pour parvenir à se passer définitivement des produits phytosanitaires de synthèse. Mais l’horizon pourrait être fixé à 2030… alors que les dérogations courent jusqu’au 30 juin 2026.
David Charpenet,
Alors que la recherche avance lentement… mais sûrement, l’application de la loi Labbé semble maintenant fixée… à 2030 ! Le spectre du couperet de la fin de l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse sur les parcours de golf, qui avait fait trembler les gestionnaires de golfs fin 2024, semble considérablement s’éloigner. Mais les dérogations concernant certains usages ne sont pas automatiques et les instances qui gouvernent les sports de gazon, avec la Fédération française de golf en première ligne, doivent encore négocier en juin avec leurs ministères de tutelle.
La feuille de route semble toute tracée avec un horizon 2030
vers une trajectoire zéro phyto, qui reste l’objectif ultime.Christophe Muniesa
Si la reconduction des dérogations sera rediscutée au début de l’été, on imagine mal un revirement politique revenant sur les six usages déjà autorisés en janvier 2025, dans un contexte de flou gouvernemental, d’élections municipales au printemps, puis d’élection présidentielle dans une quinzaine de mois. «La durée de validité de l’arrêté dérogatoire autorisant l’utilisation des produits phytosanitaire de synthèse dans certaines conditions et sur certaines parties du parcours, principalement les greens, arrive à échéance le 30 juin 2026, rappelait Christophe Muniesa, DTN de la FFG. Il y a un travail permanent de la Fédération aux côtés des ministères des sports et de l’écologie avec un comité de suivi qui se réunit une fois par an. La feuille de route semble toute tracée avec un horizon 2030 vers une trajectoire zéro phyto, qui reste l’objectif ultime. Ça nous permettrait de nous caler sur les temps de la recherche et les échéances internationales, comme le Golf Course 2030. Au final, c’est l’état qui décidera. À nous de trouver les arguments pour convaincre l’état de prolonger cette dérogation.»
Un horizon repoussé par pragmatisme, mais un but inchangé
Le contexte actuel n’est pas spécialement favorable aux considérations écologiques, alors que la loi Duplomb est à l’étude pour une éventuelle réintroduction de produits extrêmement dangereux pour l’environnement comme les néonicotinoïdes, lorsque des secteurs agricoles sont dans une impasse technologique face à une pression parasitaire, comme déclarent l’être les producteurs de betteraves sucrières ou de noisettes. Des discussions législatives qui rappellent que l’agriculture utilise 99 % des intrants en France. Les sports de loisirs sur gazon tentent néanmoins de montrer l’exemple, notamment les parcours de golf, qui jouent pleinement leur rôle de prairie préservant la biodiversité, véritable rempart à la bétonisation des sols.
On cherche toujours à se passer des produits phytosanitaires de synthèse
pour se conformer notamment à la loi LabbéGérard Rougier
Alors que la reconduction au mois de juin des six usages autorisant un traitement chimique (presque exclusivement sur les greens) est en bonne voie, et que l’horizon précédemment brandi au 1er janvier 2025 sera peut-être repoussé à 2030, doit-on pour autant parler de reculade ou de coup de frein ? La réponse semble être un non assez catégorique. La recherche avance, pilotée notamment par Spor&D (Sol Pelouse Organisme de Recherche & Développement), acteur majeur en charge de sélectionner et accompagner la recherche française sur les gazons sportifs, avec le concours de l’AGREF et de l’INRAE notamment. De nombreuses pistes restent prometteuses dans un avenir proche, avec de gros chantiers coûteux et certains projets plus modestes.
Et comme toujours en recherche fondamentale, la solution pourraient émerger là où on ne l’attend pas forcément et s’avérer décisives dans les prochaines années. «On a lancé un gros appel à projet pour trouver de nouvelles graminées moins consommatrices en eau et plus résistantes aux maladies, expliquait Gérard Rougier, Directeur Territoires Environnement et Equipements à la FFG et coordinateur de Spor&D. On cherche toujours à se passer des produits phytosanitaires de synthèse pour se conformer notamment à la loi Labbé. On a sélectionné quelques projets et on va lancer le plus prometteur en 2026. C’est un gros projet qu’il faut financer au-delà du million d’euros. Et en 2027 ou 2028, on devrait en financer un ou deux en fonction de notre capacité à rassembler des fonds. On participe également à la mise en application de plus petits projets qu’on a sélectionnés lors de la journée de l’innovation. Ce sont des projets plus modestes qu’on finance à hauteur de 20 000 euros chacun approximativement.»
Des jardiniers bien formés et mieux encadrés
Alors que les interventions mécaniques doivent se multiplier pour compenser la diminution des intrants, la formation des greenkeepers et des jardiniers va jouer un rôle majeur dans les prochaines années. «La formation du personnel des golfs est un levier important pour adapter les pratiques, rappeler les spécificités de ces métiers et fournir de la main d’oeuvre qualifiée aux clubs, justifiait M. Muniesa. Nous avons créé des cursus de formation et il y a des obligations de renouveler les formations régulièrement. Il est important d’avoir un suivi des pratiques et nous avons généralisé la mise en place de l’application Plateform.Golf (ndlr : lancée en 2023 mais généralisée en 2026) dans laquelle les personnels des golfs doivent renseigner leur consommation d’eau et de produits utilisés. Ça nous permet de contrôler les usages et également de pouvoir expliquer au législateur, preuve à l’appui, l’utilisation raisonnée mais obligatoire de certains produits qui restent néanmoins potentiellement dangereux en théorie pour l’environnement.»
les actions mécaniques ont permis de baisser le nombre de traitements
Emmanuel Acera
Comme dans les jardins des particuliers, comme dans les cimetières ou le long des voies ferrées, les actions mécaniques sur les parcours de golf sont fondamentales pour repousser les attaques parasitaires sans utiliser de produits phytosanitaires de synthèse. C’est valable pour les plus grands parcours de France… comme pour les plus petits. «On a énormément augmenté les actions mécaniques, qui ont permis de baisser le nombre de traitements, se félicitait Emmanuel Acera, greenkeeper du Golf municipal de Cesson-Sévigné. On est passé en quelques années de 16 traitements par an à 4 en multipliant les carottages et le sablage ! Et avec des bio stimulants préventifs pour fortifier le sol, ça marche !» Un élan de positivité qui invite à l’optimisme, même s’il semble compliqué pour le moment de se passer de cette petite demi-douzaine de traitements par an.
L’équilibre fragile de tout un écosystème
C’est d’ailleurs tout l’éco-système d’un golf qui doit être mis à contribution. Un équilibre délicat à trouver, comme le prouve la profusion de parcours propriété de grands groupes, au détriment des petites structures indépendantes qui peinent à tenir le coup économiquement. Pour arriver à cet équilibre entre économie et écologie, les professeurs ont eux aussi un rôle éducatif à jouer auprès des utilisateurs. «Les professeurs de golf ont également un grand rôle à jouer car ils sont souvent en contact avec les membres, rappelait Rémy Dorbeau, Président de l’AGREF et longtemps directeur du prestigieux Golf de Chantilly. Ce sont aussi les pros qui doivent donner les outils aux joueurs pour avoir un contact balle-terre et être moins dépendants de la qualité d’un fairway par exemple. Il faut les englober dans la réflexion et la communication. On y travaille avec la PGA France pour faire évoluer les mentalités.»
La recherche scientifique, les actions mécaniques, les traitements préventifs de bio contrôle et l’éducation des golfeurs sont autant d’axes d’évolution sur la route d’un golf zéro phyto. Ce dernier point est certainement la plus grande partie du problème et peut-être la clé de la solution. Le niveau d’exigence du joueur de golf va vraisemblablement devoir évoluer dans les prochaines années face aux changements climatiques et à la volonté d’une planète moins polluée. Ce sera l’objet de notre prochain dossier consacré à l’environnement le mois prochain…
Photo : Paul Faith / AFP














