Après son sacre historique il y a un an, Rory McIlroy a de nouveau triomphé à Augusta, en revivant un nouveau dimanche plein de rebondissements. Le Nord-Irlandais, qui a pris sa revanche de la veille sur l’Amen Corner, devient le quatrième homme à conserver la veste verte. Il succède à Scottie Scheffler qui a réussi un retour d’enfer
De notre envoyé spécial à Augusta
Tout le monde se lève pour Rory. Rory McIlroy est LE joueur le plus populaire de la planète, celui que même le public américain veut voir gagner, celui qui fait pleurer Rafael Nadal, qui fait vibrer Carlos Alcaraz, et bien d’autres grands sportifs, celui qui transcende le jeu. Mais Rory sait faire souffrir ses fans. Il y a un an, sa victoire au Masters l’avait fait rentrer au Panthéon du sport, à l’issue d’une journée folle, où le Nord-Irlandais était passé par mille et une émotions.
Un an plus tard, on n’a peut-être pas atteint la même dramaturgie. Mais ce fut une nouvelle journée de montagnes russes. Un début de journée en enfer, même, pour le n°2 mondial, qui a crucifié le cœur de ses supporters quand lui, le leader intouchable des deux premiers tours, le favori de la dernière partie ce dimanche, a très vite perdu la tête du tournoi.
Six premiers trous en enfer
Et puis après six trous de souffrance, alors que Cameron Young, son partenaire du jour, semblait l’avoir décroché, alors qu’il était déjà dépassé par son rival de l’an passé, Justin Rose, et par Russell Henley, que le n°1 mondial Scottie Scheffler s’était déjà rapproché de lui à un coup, Rory McIlroy a retrouvé ses esprits. Et le chemin des fairways. Et son jeu. Et le double sacre est redevenu possible.
Dès le trou n°1, on s’était dit que la journée de Rory McIlroy serait compliquée… Parti en tête mais avec un mauvais élan après avoir dilapidé ses six coups d’avance la veille, le tenant du titre est resté nettement court sur un putt de 3 mètres. Sur le frein à main. Et la catastrophe n’a pas tardé. Dès le 4, le Nord-Irlandais a été trahi par ce qui est souvent le talon d’Achille de son jeu. Un trois-putts affreux à 2 mètres du trou lui a coûté un double-bogey.
« Évite les double-bogeys« , lui avait conseillé Jack Nicklaus avant le début du tournoi. Le Nord-Irlandais n’a pas réussi totalement à suivre les conseils de maître Jack jusqu’au bout. Mais il a réussi là où il avait presque perdu pied l’an passé : franchir l’Amen Corner sans casse. Et même avec classe.
La vengeance sur l’Amen Corner
Après des birdies au 7 et au 8, Rory s’était remis dans la course à la victoire. Avec aussi Tyrrell Hatton, auteur d’une charge assez fabuleuse (66 pour la journée), ils étaient six à se jouer la victoire. L’Amen Corner, le passage mythique de l’Augusta National, a été décisif. Un moment seul en tête, Justin Rose, que le public aurait tant aimé voir enfin gagner à 45 ans, a trébuché : une gratte au 12 (bogey), un trois-putts au 13. Young avait déjà cédé du terrain avec des erreurs au 6, 7 et 9. Sa série de pars sur ces trous historiques n’a pas suffi.
Car Rory a sorti le très grand jeu : par au 11 d’un bon putt franc de deux mètres, birdie au 12 d’un coup de fer magique et birdie au 13. C’est là qu’il a mis la main sur le tournoi.
McIlroy reaches 12 under par with a birdie on No. 12. #themasters pic.twitter.com/3dYecCog2V
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McIlroy extends the lead to three with a birdie on No. 13. #themasters pic.twitter.com/3alGzbGzsP
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Un an plus tôt, il avait concédé un double-bogey incroyable sur ce 13. Après s’être vengé de ce trou, il lui restait à garder son avance et à surveiller dans le rétroviseur son plus grand rival, Scottie Scheffler, avec qui il a donc enfin bataillé en majeur pour la victoire. Mais Rory, on l’a dit, sait faire peur à ses fans. Après les birdies du n°1 mondial au 15 (un birdie improbable de Scheffler d’un putt magique de 15 mètres) et au 16, son avance s’était réduite à deux coups.
Les « Scottie, Scottie » se faisaient entendre et revenaient aux oreilles de McIlroy. Enfin un duel entre les deux meilleurs joueurs du monde dans un majeur. Même à distance. Le double vainqueur du Masters a réussi une première depuis 1942 au Masters : jouer un week-end sans bogey. Sa performance rend encore plus belle la résistance de McIlroy.
Des frayeurs jusqu’au bout
Qui a tenu bon jusqu’au bout, mais que ce fut dur.
Au 15, son troisième coup sur ce par 5, mal touché, a franchi in extremis l’obstacle d’eau. Au 16, après un coup de fer trop long, il a réussi un superbe sauvetage grâce à un putt de l’extérieur du green sublime. Au 17, il a encore manqué le green en régulation, mais son chip fut parfait. Nanti de deux coups d’avance au 18 (il en comptait un l’année dernière avant de partir à la faute et de gagner en play-off), Rory McIlroy s’est fait peur. Une dernière fois. Après un dernier drive égaré.
Trop à droite, sa balle a terminé dans la forêt de pins. Son coup de fer 8 a fini, lui, semi-pluggé dans le bunker de green.
Sa sortie de bunker s’est arrêtée à 6 mètres du trou. Deux putts pour gagner. Le premier s’est arrêté à 5 centimètres. L’émotion au moment de conclure fut moins extatique qu’il y a un an, mais une grande émotion a gagné Rory McIlroy. Qui a assis un peu plus sa place dans l’histoire en devant le 4e homme à conserver son titre à Augusta et aussi, accessoirement, le quatrième joueur de l’histoire du Masters à s’imposer en ayant mené le tournoi de bout en bout (même s’il a perdu la tête provisoirement ce dimanche).
Comme un air de déjà vu
Les scènes de joie familiales avaient un air de déjà vu, avec sa fille Poppy, son épouse Erica. Mais cette fois ses parents étaient là. Le bonheur de Rory McIlroy était donc complet.
Sa remontée du green du 18 vers le club-house, avec la chevelure en folie, le regard fatigué mais un visage si épanoui de bonheur, fut elles aussi similaire à 2025. Jusqu’à l’accolade avec son grand ami Shane Lowry, qui a complètement explosé dans ce dernier tour (+8). Comme il y a un an (+9)…
Il y a tant de similitudes dans cette deuxième victoire avec celle de 2025. La manière. Le scénario. Les rivaux (Justin Rose décroche un podium au Masters pour la 5e fois…). La place dans l’histoire. Rory McIlroy conquiert là son sixième majeur. Il dépasse Severiano Ballesteros et devient donc le joueur européen le plus titré en Grand Chelem à égalité avec Nick Faldo.
L’année prochaine, il pourrait aussi devenir le premier joueur de l’histoire à réussir un triplé ici. Qui sait ce qu’il peut nous réserver…
Le leaderboard
Photo by Hector Vivas / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
















