Avec ce doublé que seuls Jack Nicklaus, Sir Nick Faldo et Tiger Woods étaient jusqu’alors parvenus à réaliser, Rory McIlroy est entré dans l’histoire de son sport. Et un peu plus encore dans celle de l’Augusta National Golf Club, le club le plus fermé des Etats-Unis. Et peut-être même du monde.
L.V.
A part les grands spécialistes du Masters, incollables sur la moindre anecdote de ce Majeur iconique, personne ne se souvient de William W. Johnson. Ce vénérable personnage a pourtant assuré de 1998 à 2006 le rôle de chairman de l’Augusta National Golf Club. Et il était jusque-là le dernier à avoir décerné la veste verte à un vainqueur sortant, en l’occurrence Tiger Woods. C’était en 2002 après son succès de 2001.
A cet épisode tout sauf anodin – d’habitude, c’est le vainqueur de l’année précédente qui remet la veste verte à son successeur – il va falloir y ajouter un nouveau nom. Fred S. Ridley. C’est lui, le boss du Masters depuis l’édition 2018, qui, comme le veut la tradition, a remis dans la Butler Cabin cette fameuse veste verte à Rory McIlroy. Qui devient ici le quatrième golfeur à conserver son titre à Augusta après Jack Nicklaus (1965, 66), Sir Nick Faldo (1989, 90) et donc Tiger Woods.
Augusta National ? Un foyer spirituel
Le plus fermé des clubs de golf de tous les Etats-Unis ne pouvait pas rêver meilleur lauréat, quelques jours seulement après l’accident de voiture de Tiger Woods qui a, l’espace de 72 heures, quelque peu occulté cette 90e édition du Masters. Et entaché indirectement le prestige du tournoi. Avant que le jeu ne reprenne finalement ses droits sur l’un des parcours les plus mythiques de la planète golf.
Comme l’a si bien souligné Paul McGinley, capitaine victorieux de l’équipe européenne de Ryder Cup en 2014 à Gleneagles (Ecosse) et l’un des consultants vedettes de Golf Channel, « je pense qu’il (Rory McIlroy) a trouvé un foyer spirituel ici à l’Augusta National. Je pense que les membres l’ont accepté. Je pense qu’il a été accueilli ici pour s’entraîner et se préparer cette année en digne champion qu’il est devenu. Je sais que lui et son père (Gerry) sont très populaires lorsqu’ils viennent ici. C’est un merveilleux champion. »
La folie au dernier Irish Open, veste verte sur le dos
Le Nord-Irlandais, à ce titre, a été un formidable « ambassadeur » pour le Masters tout au long de l’année 2025. Et il le sera encore un peu plus en 2026 avec ce fantastique doublé. Sa présence au dernier Irish Open, sur le DP World Tour, qu’il a remporté en play-off face au Suédois Joakim Lagergren, a été une véritable bénédiction pour ses supporters, mais aussi, de facto, pour le Masters.
« Le samedi durant cet Irish Open, poursuit Paul McGinley, tout le monde ou presque s’est rassemblé sous une grande tente d’hospitalité. Je ne sais pas combien de personnes il y avait. Une foule immense. Presque toute l’Irlande était là, sous cette tente. Rory est monté sur scène, une scène très modeste. Il portait la veste verte (du Masters) et a ensuite pris un selfie avec toute la foule en arrière-plan. »
Des moments forts et intenses qui se sont d’ailleurs répétés en Inde ou encore en Australie quand il est venu effectuer quelques « piges » sur le Tour européen, un Circuit qu’il a toujours respecté alors que c’est une star sur le PGA Tour.
Je pense que cette maison spirituelle l’a inspiré. Je pense qu’il a embrassé tout ce qui accompagne le fait d’être le champion du Masters.
Paul McGinley, sur Golf Channel
Dans son petit speech ce dimanche 12 avril 2026, nouvelle veste verte sur dos, le Nord-Irlandais n’a pas hésité à vouer une certaine admiration pour le très vénérable Augusta National Golf Club, déclarant avec ses mots qu’il se sentait un peu comme chez lui depuis ses premiers pas ici en Georgie en 2009. Alors qu’il venait juste de passer professionnel mais était, déjà, présenté comme un futur crack. Il avait fini à la 20e place avec quatre cartes de 72, 73, 71 et 70.
« Je pense que cette maison spirituelle l’a inspiré, poursuit encore McGinley. Je pense qu’il a embrassé tout ce qui accompagne le fait d’être le champion du Masters. Il en a profité. Et il s’est impliqué émotionnellement, de tout son cœur, pour cet endroit, avec toujours ce désir de gagner de nouveau. Il n’est pas mesuré comme Tiger, ni comme Jack Nicklaus. »
Si brillant, si charismatique…
Et cela, il le doit également à son jeu de golf. A la fois fabuleux et imprévisible. On l’a encore constaté cette semaine où ses deux premiers tours ont été des modèles de solidité et d’efficacité 67 (-5) et 65 (-7) alors qu’il n’a finalement joué que dans le par durant le week-end, 73 (+1) samedi et 71 (dimanche). Suffisant pour battre d’un coup (-12) Scottie Scheffler (-11).
« C’est ce qui le rend si fascinant à regarder, si brillant et si charismatique aussi, ajoute encore Paul McGinley. C’est un fonceur, à sa manière. C’est un joueur complet, qui se donne à fond. Parfois, ça ne passe pas. Mais quand ça passe, c’est tout simplement sublime. Pour moi, il est différent. Il n’est pas comme les autres. Il n’est pas comme les autres vainqueurs de Grand Chelem. Il joue d’une manière différente au golf. »
Six Majeurs avec Trevino, Faldo et Mickelson
« Je n’arrive pas à croire que j’ai attendu 17 ans pour remporter une veste verte, et là, j’en gagne deux d’affilée, a-t-il soufflé, presque incrédule, dans la Butler Cabin quelques minutes avant de revêtir sa seconde veste verte ! C’est comme ça… Je pense que toute ma persévérance dans ce tournoi de golf au fil des ans commence enfin à porter ses fruits. Le week-end a été difficile. J’ai abattu le plus gros du travail jeudi et vendredi. Mais je suis tellement heureux d’avoir tenu bon et d’avoir atteint mon objectif. »
« Et puis c’est le deuxième tournoi Majeur auquel ma mère assiste, et c’est sa deuxième victoire, s’amuse-t-il. Elle était à l’Open britannique à Hoylake en 2014. Une partie de ma famille n’avait pas pu venir l’an passé. Là, je suis tellement content qu’ils aient pu vivre ça aujourd’hui sur place. On va tous passer une super soirée ! »
En attendant, à bientôt 37 ans (le 4 mai prochain), Rory McIlroy vient de rejoindre dans l’histoire du golf Lee Trevino, Sir Nick Faldo et Phil Mickelson, victorieux comme lui de six Majeurs. Il est aussi le sixième golfeur du Vieux continent à compter au moins cinq succès en Grand Chelem avec Harry Vardon (7 victoires), Nick Faldo et Severiano Ballesteros ainsi que James Braid et J.H. Taylor (5 pour ces trois derniers). Et notre petit doigt nous dit que le Britannique pourrait tous les dépasser dans un futur proche. On prend les paris ?
Photo : Masters Tournament














