Jacques Bungert est un dirigeant passionné par le sport, fidèle au FC Metz et pilier depuis 32 ans d’un événement devenu au fil des ans une vraie référence. Vice-président de l’Amundi Evian Championship depuis 2013, il valorise le collectif, la bienveillance et le sens du détail comme leviers d’excellence opérationnelle. Rencontre avec un homme fier d’accueillir le monde du golf féminin, et qui n’oublie pas de cultiver une hospitalité qui fait école.
Propos recueillis par Frédéric PLISSON, à Evian
GOLF PLANETE : 32 ans d’une aventure incroyable… Comment vous sentez-vous avant cette nouvelle édition ?
Jacques Bungert : Je vis cet événement comme on évolue au sein d’une famille. Le matin de 7h30 à 8h, on se réunit. C’est notre « task force », avec environ 50 personnes présentes. C’est un moment essentiel. Je ressens à la fois ce professionnalisme, cette créativité et surtout cette bienveillance, essentielle pour transformer les grands événements en expériences réussies. C’est comme dans un grand restaurant… de la cuisine, le cœur du réacteur, jusqu’à la salle qui doit contenter le public. L’émotion du lancement de tournoi, je la ressens chaque année.
G.P. : Une réussite collective donc…
J.B. : Cette réussite repose avant tout sur les femmes et les hommes qui font vivre le tournoi. Amélie Bourdin, directrice du tournoi, pilote l’ensemble avec beaucoup d’exigence, tandis qu’Adrien Petrocelli, notre greenkeeper, et toutes les équipes de jardiniers accomplissent un travail remarquable pour présenter chaque année un parcours d’exception. Leur engagement et leur sens du détail contribuent largement à faire de l’Amundi Evian Championship une référence mondiale. Je suis toujours autant impressionné par ce fonctionnement fluide, mais où chaque détail compte (navettes à l’heure, accueil des joueuses et des staffs, sponsors, médias). Ici on a une génétique culturelle d’attention envers l’autre malgré notre statut de Majeur.
Evian c’est une fierté et une responsabilité
Jacques Bungert
G.P. : C’est une vraie responsabilité d’organiser un Majeur. Ressentez-vous une certaine pression ?
J.B. : Comme Roland-Garros, Evian c’est une fierté et une responsabilité car le monde entier a les yeux rivés sur nous. Pendant une semaine, Evian devient le centre du monde du golf féminin dans un écrin unique. Je dis souvent qu’ici la star c’est le parcours. Et les jardiniers qui font un travail incroyable. Vous savez, je reste toujours autant émerveillé par cette organisation. Quand je vois le TV compound avec ses cars de retransmission et quand je me souviens d’où nous sommes partis il y plus de trente ans, je me dis que c’est incroyable.
G.P. : L’Amundi Evian Championship doit aussi donner envie à nos jeunes de se mettre au golf et de performer. Essentiel à vous yeux ?
J.B. : L’exemple parfait c’est Pauline Roussin-Bouchard. Elle est passée par la Haribo Kids Cup et la Junior Cup, jusqu’à aujourd’hui au tournoi pro. Cette galaxie conçue par Franck Riboud et son père depuis 1994 a permis aux championnes de s’épanouir. L’Open de France (ex-Jabra) devient un jalon supplémentaire, en coordination avec la Fédération, pour construire des carrières. L’impact culturel et médiatique des victoires est essentiel, comme celle symbolique de Céline Boutier ici il y a trois ans. Cette victoire a créé un déclic mental, à l’image de celle de nos Bleus en 1998. Le Une de L’Équipe consacrée à Céline a été l’une des meilleures ventes de 2023 du quotidien sportif, preuve d’un intérêt grandissant.
G.P. : Quels liens tissez-vous avec les joueuses ?
J.B. : Des liens forts existent avec les anciennes championnes. Nos soirées dédiées resserrent ces liens, comme celle de ce mardi au cours de laquelle Grace Kim (tenante du titre) remettra son trophée. Ça renforce cet esprit de famille. Une attention particulière est portée aux athlètes asiatiques (traductrices, cuisine coréenne), ça reflète une position géoculturelle entre monde anglo-saxon et asiatique. Nous avons mis en place au fil des années des visuels immersifs qui lancent le message suivant : vous êtes chez vous ! Les joueuses apprécient et partagent sur leurs réseaux ces mises en scène, et ça renforce l’attachement à Evian.
Nos jeunes ont besoin de modèles
Jacques Bungert
G.P. : L’aura autour de Nelly Korda est très fort aujourd’hui. Cela fait-il beaucoup pour le golf féminin ?
J.B. : Nelly est dans la lignée des Annika Sörenstam, Lorena Ochoa, ou Lydia Ko… des championnes qui ont dominé leur époque et qui ont tiré leur sport vers le haut. Un sport se développe d’abord par ses championnes et ses champions, comme Yannick Noah en 1983 ou France 98. Nos jeunes ont besoin de modèles, masculins et féminins, pour nourrir leurs ambitions.
G.P. : On sent une ville, un département et une région derrière un tournoi qui est un peu le leur…
J.B. : Totalement ! L’appropriation locale de l’Amundi Evian Championship est incroyable. Les municipalités, les habitants, les écoles de golf… Evian leur appartient à eux tous ! L’événement s’inscrit dans la dynamique des sports d’été dans les Alpes et constitue une vraie fierté régionale.
G.P. : Vous êtes toujours président du fond d’action du football. Le ballon rond reste-t-il essentiel pour vous ?
J.B. : Je suis plus que jamais un fidèle au FC Metz … malgré la descente en Ligue 2. Et les Bleus ? Je les suis bien sûr, avec enthousiasme. Je prends du plaisir à les voir jouer. Je ressens une dynamique collective positive, une complicité entre les joueurs. Ça me rappelle 2000 et le titre de champion d’Europe.
G.P. : Zinedine Zidane est votre ami. Zizou futur sélectionneur ?
J.B. : Je suis comme vous. J’attends la décision du président Diallo…
Photo : Valerio Pennicino / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP













