Le Golf Club de Crans-sur-Sierre, hôte de l’Omega European Masters, travaille à la protection et au développement de la biodiversité avec l’aide d’un biologiste depuis près de cinq ans. Les résultats se font sentir.
N.C., à Crans-Montana
Golf et biodiversité sont des termes qui sont très rarement associés. Pourtant, la biodiversité, c’est-à-dire tout le vivant, dans toutes ses formes, qui nous entoure, peut être une véritable alliée du golf. Elle contribue à la qualité des sols, à la régulation naturelle des ravageurs, à la gestion de l’eau et à la résilience du parcours face aux changements climatiques.
En retour, un parcours de golf, avec ses espaces végétalisés, ses plans d’eau et ses zones naturelles, peut offrir des habitats précieux à de nombreuses espèces. Une relation gagnant-gagnant, où la préservation de la nature contribue aussi à construire un golf plus durable, et plus agréable pour les pratiquants.
Un biologiste au service de la biodiversité
Depuis plusieurs années, le Golf Club de Crans-sur-Sierre a pris le sujet de la biodiversité à bras-le-corps. Dès 2018, le club et le tournoi ont lancé une réflexion commune afin de mieux préserver et valoriser leur environnement naturel. Une démarche qui s’est progressivement élargie à une approche plus globale de la durabilité.
Elle a notamment été reconnue en 2022, lorsque l’Omega European Masters a obtenu la certification de la GEO Foundation, référence mondiale en matière de durabilité dans le golf. En plus d’efforts sur les produits utilisés, aujourd’hui pour la quasi-totalité biologiques, la direction du golf a poussé le bouchon encore plus loin en s’attachant les services d’un biologiste, Antoine Sierro.
« L’intérêt, il est simple, chacun a son métier, nous, on exploite un golf, on n’a pas vraiment de connaissances en biologie, explique Jonathan Ianchello, directeur adjoint du golf. On a deux parcours en montagne à 1 500 mètres d’altitude, et on veut qu’ils s’intègrent parfaitement dans la nature. L’idée est de casser l’image qu’un golf est très mauvais pour la nature. Forcément, si on veut progresser dans les thèmes de la biologie et du développement durable, on s’entoure des personnes qui sont spécialisées là-dedans. »
En débarquant pour la première fois à Crans-Montana en 2021, Antoine Sierro, totalement néophyte en golf, a d’abord été étonné de voir qu’il y avait de la vie sur le tracé situé dans les Alpes suisses. « J’ai été surpris que ce golf de soixante hectares ne soit pas un désert biologique. Il y avait déjà des espèces inhabituelles qui y vivaient et j’ai senti un gros potentiel. »
Le but, ce n’est pas de transformer le golf en prairie avec des vaches
Antoine Sierro
Rapidement, le biologiste a mis des choses en place pour encourager la nature. Il a d’abord ressemé des surfaces qui n’étaient pas utilisées par le jeu pour les transformer en prairies fleuries. Ainsi, ces zones en dehors de l’aire de jeu ont dorénavant des herbes un peu plus hautes avec des fleurs, idéales notamment pour les pollinisateurs comme les abeilles.
« Le but, ce n’est pas de transformer le golf en prairie avec des vaches, en rigole le biologiste. Tout le travail est de trouver un équilibre entre la nature et le golf. Ça fait des très beaux tapis de fleurs à certaines périodes de l’année. » De ce fait, ces quelques hectares n’ont plus besoin d’eau et n’ont presque plus besoin d’entretien.

Différentes actions mises en place. Photos Antoine Sierro
Le golf a également dissimulé une trentaine de nichoirs pour les oiseaux à travers tout le parcours, notamment pour les différentes espèces de mésanges présentes sur le site. « On a un taux d’occupation des nichoirs de plus de 90 % ! » se réjouit le scientifique.
Enfin, Antoine Sierro a travaillé sur les bords des étangs artificiels, notamment autour de celui du 13. « On a fait des sortes de petites presqu’îles de quelques mètres carrés où on a mis des plantes aquatiques, en particulier l’iris jaune, présente-t-il. Ça permet aux libellules d’avoir des lieux pour se poser et pondre. Au printemps, grenouilles et crapauds viennent à leur tour y trouver de quoi se nourrir. »
Une expérience globale améliorée
Aujourd’hui, les résultats sont clairement visibles pour Antoine Sierro. « En cinq ans, on a une augmentation, une tendance positive chez toutes les espèces. Je pense aux plantes, aux oiseaux, aux papillons, aux criquets et aux sauterelles », se réjouit-il.
Comme sur de plus en plus de golfs en France, des panneaux d’affichage explicatifs ont fleuri à certains endroits du parcours, mentionnant les démarches mises en place et la faune et la flore présentes. La direction du golf valaisan est aujourd’hui très satisfaite de son choix. « Le monde évolue, les personnes comprennent qu’il faut évoluer et tous les changements qu’ils voient et qui sont faits sur le golf au fur et à mesure des années responsabilisent le golfeur, ajoute Jonathan Ianchello. Et plus globalement, l’expérience est d’autant meilleure en voyant toutes ces améliorations. En jouant, on voit des fleurs, on va entendre les oiseaux, on va voir passer des écureuils, on va presque jouer avec eux. Et tout cela rend aussi l’expérience magnifique. »
©Deprez Photo















