À 22 ans, Jack Whaley a changé de dimension en remportant l’U.S. Amateur sur le mythique parcours de Merion. L’Anglais, longtemps confronté au doute et passé par une petite université américaine avant de rejoindre Florida State, s’est ouvert les portes des plus grands tournois, du Masters à l’U.S. Open en passant par The Open, avec une année 2027 qui s’annonce mythique pour lui. Son ascension spectaculaire a été saluée par Tiger Woods.
Il y a des victoires qui changent un palmarès et d’autres qui changent une vie. Celle de Jack Whaley appartient assurément à la seconde catégorie. Dimanche, sous une pluie battante et sur le décor chargé d’histoire de Merion Golf Club, l’Anglais de 22 ans a remporté le 126e U.S. Amateur. En dominant l’Américain Jay Leng Jr.
Mené de deux trous après la première moitié de cette finale-marathon, il a inversé le cours du match dans l’après-midi et s’est imposé 4&3 dans une finale disputée sur 36 trous. Le joueur de Florida State University s’est offert l’un des trophées les plus prestigieux du golf mondial. Mais, surtout, il a soudain ouvert les portes d’un avenir dont il n’osait peut-être pas rêver quelques années plus tôt.
Le contraste est saisissant. Avant cette semaine de Pennsylvanie, Jack Whaley était le 90e joueur mondial amateur. Son nom ne figurait pas parmi les favoris. En quelques jours, Merion a tout changé. Le natif de Doncaster est devenu le premier joueur de Florida State à soulever le Havemeyer Trophy, seulement le troisième Anglais à inscrire son nom au palmarès après Harold Hilton en 1910 et Matthew Fitzpatrick en 2013, et le premier champion USGA à Merion depuis Justin Rose, autre Anglais, vainqueur dans ces lieux de l’U.S. Open en 2013.
Sur les traces de Matt Fitzpatrick et Justin Rose
La victoire de Jack Whaley a été saluée par l’un de ses plus prestigieux prédécesseurs. Tiger Woods, lui-même vainqueur de l’U.S. Amateur à trois reprises, a tenu à féliciter l’Anglais sur les réseaux sociaux : « Félicitations à Jack Whaley pour sa victoire à l’U.S. Amateur à Merion. Un accomplissement incroyable, et un endroit particulier pour écrire l’histoire. »
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Le succès de Whaley n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Avant d’arriver aux États-Unis et de devenir l’un des meilleurs joueurs du golf universitaire, il a longtemps connu le doute. L’argent n’était pas abondant dans la famille lorsque son père, alors que sa carrière dans le bâtiment n’avait pas encore véritablement décollé, finançait ses ambitions. Jack n’a reçu son premier jeu de fers neuf qu’à 16 ans. Chaque balle perdue dans les bois représentait un petit crève-cœur, et lorsque son père lui avait offert son premier wedge 60 degrés à l’âge de 12 ans, il avait puisé dans ses économies.
Pendant plusieurs années, les résultats n’ont pas suivi. Entre 12 et 17 ans, Whaley a accumulé les cuts manqués et a fini par ressentir une forme de culpabilité. Il avait l’impression de faire dépenser à son père un argent qu’il ne parvenait pas à justifier par ses performances. Andy, lui, ne raisonnait pas ainsi. Il voulait simplement que son fils continue à prendre plaisir sur un parcours.
Cette relation père-fils a trouvé à Merion une conclusion provisoire, presque romanesque. Andy devait initialement rentrer en Angleterre avec son épouse Kerry avant même le dénouement du tournoi. Preuve que personne, dans la famille, n’avait imaginé le scénario qui allait suivre. Il a finalement modifié son voyage et porté le sac de Jack lors du plus grand tournoi de sa jeune carrière, une première dans une épreuve amateur de cette importance depuis plusieurs années.
Au nom du père
Sur le parcours, la victoire a donc aussi été celle d’un duo. Père et fils avaient autrefois dû apprendre à se supporter sur un terrain de golf, allant même jusqu’à instaurer une sorte de « règle des 250 mètres » : lorsque Jack jouait un mauvais coup et que son père se trouvait trop près, le responsable était tout trouvé… Mais dimanche, l’alchimie a été parfaite. Après avoir perdu quatre des premiers trous de l’après-midi, Whaley a renversé Leng en remportant quatre trous consécutifs.
Sous la pluie, il a ensuite pris trois trous d’avance avant d’arriver au 15e avec la possibilité de conclure.
Et le putt est tombé.
TO WIN THE U.S. AMATEUR!@FSUGolf‘s Jack Whaley finishes it off in style with a birdie! pic.twitter.com/sGBhDQsRDf
— USGA (@USGA) August 16, 2026
Les deux hommes ont pleuré sous la pluie de Merion. L’image résumait des années de sacrifices, de kilomètres pour aller à l’entraînement, de défaites, de doutes et d’obstination. « Je ne serais pas là sans lui. Tout est pour lui », a résumé le nouveau champion, pour qui cette semaine avait quelque chose d’une récompense familiale autant que sportive.
Le plus remarquable est que Whaley a failli ne jamais connaître cette ascension. Après son adolescence difficile, il avait choisi de prendre une année de césure plutôt que de rejoindre immédiatement une université américaine. Le contrat qu’il s’était fixé était brutal : douze mois pour progresser, sinon il arrêterait le golf de compétition. L’année suivante, ses résultats ont commencé à décoller. Finaliste du Welsh Open Youths, demi-finaliste de l’English Amateur, il est enfin entré dans le classement mondial amateur.
La suite s’est accélérée. Pendant deux saisons à Dalton State College, en Géorgie, au niveau NAIA, Whaley a remporté cinq tournois, dont le titre individuel national en 2025. Il a également réalisé un Grand Chelem universitaire exceptionnel en décrochant les trophées Nicklaus, Palmer, Player et Mickelson. C’est cette progression qui lui a permis de rejoindre Florida State et d’intégrer ensuite l’équipe nationale anglaise.
Un parcours chaotique
Même son parcours à Merion raconte cette résistance. Whaley a dû passer par un play-off pour accéder au tableau final de match play. Il s’en est sorti grâce à un birdie sur le premier trou supplémentaire, après avoir frôlé un trou en un. Puis il a traversé le tableau en éliminant successivement Jack Ormond, Bowen Mauss, Christian Cavaliere, le Franco-Marocain Adam Bresnu et Carter Loflin avant de retrouver Leng en finale.
Il a donc triomphé à Merion, un parcours chargé d’histoire, notamment pour le golf anglais, on l’a dit. Whaley lui-même reconnaissait, encore sonné par l’événement, ne pas vraiment avoir réalisé ce que représentait son entrée dans une liste de vainqueurs prestigieux.
Et puis le Havemeyer Trophy est aussi une clé. Et c’est peut-être là que la vie du jeune Anglais vient de basculer le plus brutalement. Son titre lui ouvre les portes de l’U.S. Open 2027, à Pebble Beach, ainsi que de The Open sur le mythique Old Course de St Andrews. Il devrait également recevoir une invitation pour le prochain Masters, un rêve pour tout golfeur évidemment. Augusta National, Pebble Beach, St Andrews : en l’espace d’un dimanche, les noms des parcours que Whaley regardait probablement à la télévision sont devenus des destinations inscrites sur son propre calendrier.
St Andrew, Augusta, Pebble Beach, les portes du paradis
Sa victoire lui garantit aussi une place dans l’équipe de Grande-Bretagne et d’Irlande pour la prochaine Walker Cup, face aux États-Unis, à Lahinch, en République d’Irlande. À 22 ans, le garçon du Yorkshire a donc basculé d’un statut de très bon joueur universitaire à celui de champion majeur du monde amateur, avec un programme qui donne le tournis.
Il reste bien sûr tout à écrire. Gagner l’U.S. Amateur n’assure pas une carrière professionnelle, et l’histoire du golf regorge de champions amateurs qui n’ont jamais confirmé au plus haut niveau. Ou qui ont tardé à le faire à l’image de Justin Rose, qui a raté les 21 premiers cuts de sa carrière professionnelle avant de devenir le champion que l’on sait. L’histoire de Jack Whaley invite à la prudence face aux trajectoires toutes tracées. Il n’a jamais été le jeune prodige que tout le monde attendait.
Mais quoi qu’il en soit, la portée de son exploit à Merion lui ouvre les portes d’une année 2027 totalement mythique.
Photo : Isaiah Vazquez / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP












