Hôte de l’Open britannique cette semaine, le Royal Birkdale Golf Club retrouve la lumière. Situé à Southport, sur la côte nord-ouest de l’Angleterre, ce parcours est considéré comme l’un des plus prestigieux du golf mondial et l’un des plus beaux représentants des links. Derrière son apparente élégance se cache pourtant un tracé d’une redoutable complexité, qui promet une nouvelle fois de mettre les meilleurs joueurs à rude épreuve. A condition que le vent soit de la partie.
Trois coups au-dessus du par en 2008. Douze coups sous le par en 2017. En seulement neuf ans, Royal Birkdale a offert deux visages radicalement opposés de l’Open britannique.
D’un côté, un parcours si impitoyable que Padraig Harrington s’était imposé avec un total de +3, tandis qu’un score de +10 suffisait à décrocher une place dans le top 5.
De l’autre, un links devenu attaquable où Jordan Spieth avait triomphé à -12 et où Branden Grace avait signé un historique 62, premier score aussi bas dans l’histoire des tournois majeurs masculins.
Cette semaine, à l’heure où l’élite mondiale retrouve les dunes de Southport pour le 154e The Open, une seule question se pose : quel Royal Birkdale les attend ? La réponse dépendra moins des joueurs que du vent, cet adversaire invisible capable de transformer l’un des plus beaux parcours de la rotation en enfer.
Contrairement à d’autres links britanniques, souvent dessinés dans des dunes tourmentées, Royal Birkdale offre une apparente lisibilité. Les fairways sont bien délimités, chaque trou est encadré par de hautes dunes recouvertes d’oyats et les zones de jeu à atteindre sont visibles depuis les départs. Mais l’impression de facilité est parfois trompeuse. À Birkdale, voir la cible est une chose ; réussir à l’atteindre en est une autre.
Un rough en partie brûlé, des greens fermes, des fairways roulants
Comme toujours sur ce type de tracé, la météo décidera en partie de l’issue du tournoi.
Après plusieurs semaines de chaleur, le parcours s’annonce particulièrement ferme. La balle devrait énormément rouler. Attention donc, aux rebonds, si traîtres sur un links. Le rough, par endroits brûlé par le soleil, pourrait paradoxalement se montrer moins pénalisant qu’à l’accoutumée, tandis que les fairways ont conservé une étonnante couleur verte.
Les prévisions annoncent surtout un temps sec et un vent relativement faible de jeudi à dimanche, une situation plutôt rare sur cette côte de la mer d’Irlande.
Si ce scénario se confirme, les meilleurs joueurs pourraient profiter de conditions favorables pour attaquer les drapeaux. Beaucoup d’observateurs espèrent toutefois que le vent viendra finalement rappeler pourquoi Royal Birkdale est l’un des plus grands tests du golf mondial.
Car lorsque les éléments se déchaînent, il devient l’un des plus exigeants de toute la rotation de l’Open britannique.
Une grande exigence stratégique
L’édition 2008 reste une référence.
Cette semaine-là, seuls quatre joueurs ont réussi à signer un tour sous le par durant tout le tournoi. Le troisième tour, disputé dans des conditions dantesques, ne vit aucun score inférieur au par, une première depuis plus de trente ans pour un samedi du British.
Avant le dernier tour, le leader affichait même un score total au-dessus du par, une rareté dans l’histoire du championnat.
Grâce à un retour exceptionnel sur les neuf derniers trous le dimanche, Padraig Harrington, on l’a dit, s’est imposé avec un score de +3. Dix ans plus tôt, Mark O’Meara avait lui aussi remporté la Claret Jug dans ces lieux sans parvenir à dompter le parcours.
À l’inverse, lorsque les conditions deviennent plus clémentes, Royal Birkdale révèle un tout autre visage. En 2017, avec un terrain plus souple et un vent discret, Branden Grace avait signé un historique 62.
Haotong Li avait ajouté un autre score remarquable de 63. Trois des quarante-cinq meilleurs tours jamais enregistrés en majeur ont ainsi été réalisés sur ce parcours, preuve que Birkdale peut devenir attaquable lorsque les éléments se montrent plus conciliants.
Même sans vent, le défi reste quand même immense. Les bunkers, profonds et idéalement positionnés, défendent les zones de retombée des drives. Les joueurs doivent constamment choisir entre prudence et agressivité, au risque de se retrouver piégés dans ces fameux « pots bunkers ». Les greens, fermes et rapides, exigent également une précision extrême. Une balle mal touchée peut traverser le green et laisser une approche délicate depuis une zone tondue très ras.
Un palmarès XXL
Royal Birkdale possède aussi cette qualité rare de ne proposer aucun temps mort. Difficile de désigner un trou « faible » sur ce par 70 de 6604 mètres (soit seulement 61 mètres de plus que lors de l’édition 2017). L’intelligence de jeu fait souvent la différence.
Son palmarès confirme d’ailleurs ce statut d’exigence. Arnold Palmer, Lee Trevino, Johnny Miller, Tom Watson, Peter Thomson, Mark O’Meara, Padraig Harrington ou encore Jordan Spieth ont triomphé à Birkdale en mode Open britannique.
Peu de parcours de la rotation peuvent se prévaloir d’un palmarès avec une telle concentration de légendes. À Birkdale, le vainqueur est rarement une surprise. La vraie surprise, ce sera l’intensité avec laquelle le vent soufflera.
Si l’anémomètre monte en flèche, Royal Birkdale redeviendra ce monstre stratégique capable de repousser même les plus grands champions au-dessus du par.
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