130e à la FedEx Cup après avoir manqué le cut du premier rendez-vous de la FedEx Cup Fall (Biltmore Championship Asheville), Matthieu Pavon, une fois le FedEx Open de France disputé, retournera aux États-Unis pour tenter de sauver sa saison et accrocher au minimum un top 120 qui pourrait lui assurer selon lui de jouer entre 75 et 80 % des tournois en 2027.
Propos recueillis par Lionel VELLA, au Golf National
C’est tout près du putting green du Golf National, au calme, que Matthieu Pavon, arrivé samedi soir des États-Unis, nous a consacré ce lundi 21 septembre un bon petit quart d’heure. Détendu, l’un des deux Français du PGA Tour (avec Adrien Saddier) se prépare à deux prochains mois « compliqués » sur les Fall Series où la mission première sera de poursuivre l’aventure une année de plus sur le circuit où il a toujours rêvé d’évoluer et où il s’est imposé en janvier 2024 (au Farmers Insurance Open), quelques semaines seulement après son arrivée.
GOLF PLANETE : On vous sent heureux de venir à l’Open de France… On se trompe ?
Matthieu PAVON : Non, bien sûr, c’est le rendez-vous un peu incontournable de l’année. C’est toujours une grande fierté de venir représenter son pays à son Open national, donc oui, je suis très content d’être là.
G.P. : Pouvez-vous nous confirmer que c’est votre dernière apparition sur le Tour européen cette saison ?
M.P. : Oui. Mon objectif, et j’en rêve depuis que je suis gamin, c’est de jouer sur le PGA Tour. Après l’Open de France, je vais me concentrer sur les tournois des Fall Series pour essayer de finir au mieux ma saison et garder un statut pour l’année prochaine.
G.P. : Avez-vous prévu de jouer les sept tournois des FedEx Cup Fall qui restent encore au calendrier ?
M.P. : Je ne sais pas encore. Il y a des points d’interrogation sur un ou deux tournois parce qu’il va y avoir un gros enchaînement (Ndlr, cinq tournois en cinq semaines entre le 22 octobre et le 22 novembre). Tout reste à confirmer mais je vais en jouer une grande majorité. Je sais que je n’irai pas au Japon (Baycurrent Classic, du 8 au 11 octobre). Je ne rentre pas dans le champ…
Il y aura peut-être des ajustements à faire mais je pense vraiment que du moment où on termine dans le top 120, on a une grosse chance de jouer 80 % des tournois du calendrier.
Matthieu Pavon, sur la saison 2027 du PGA Tour
G.P. : Vous êtes désormais 130e de la FedEx Cup et il ne vous reste plus que deux mois pour inverser la tendance. La pression va être importante, non ?
M.P. : C’est une grosse pression oui et non. C’est vrai que ça reste un super challenge à relever. Il y a des tournois qui sont vraiment sympas à jouer dans ces Fall Series, notamment au Mexique à Los Cabos (World Wide Technology, du 5 au 8 novembre) qui est un endroit de rêve. Le RSM Classic, aussi, c’est super. Il y a de beaux tournois à jouer et encore une fois je ferai de mon mieux pour finir le plus haut possible à la FedEx Cup.
G.P. : Vous envisagez tous les cas de figure ?
M.P. : Pour l’instant, je n’envisage pas grand-chose. Encore une fois, je vais surtout jouer et faire de mon mieux. Et après, on verra. Les deux premiers tournois du PGA Tour en 2027 proposeront des gros champs, à plus de 150 joueurs. J’aurais des invitations pour jouer probablement ces tournois-là. Il y aura peut-être des ajustements à faire mais je pense vraiment que du moment où on termine dans le top 120, on a une grosse chance de jouer les 80 % des tournois du calendrier.
G.P. : Avec un droit de jeu partiel…
M.P. : Oui. Il ne faut pas se mentir, la tâche va être compliquée de rentrer dans le top 100 (de la FedEx Cup). Il faudra rester le plus possible autour de cette zone. Je pense qu’en restant dans le top 120, on aura 75 à 80 % de chances d’être au départ. Il faudra juste bien jouer au golf. Mais pour l’instant, je ne songe pas à ce cas de figure.
Je sens beaucoup plus de joueurs prêts à tout là-bas, alors qu’ici, entre guillemets, on partage davantage de choses entre nous.
Matthieu Pavon, sur le PGA Tour et le DP World Tour
G.P. : Que pensez-vous des calendriers 2027 et 2028 dévoilés par le PGA Tour et les déclarations de Rory McIlroy expliquant que les joueurs du DP World Tour qualifiés via la Race to Dubaï devraient directement aller sur le Championship Series et non pas sur le Challenger Series ?
M.P. : Pour moi, cette deuxième division américaine va quand même être très costaud parce qu’il y a une vraie densité de joueurs aux États-Unis qu’il n’y a pas forcément autant ici sur le Tour européen. Attention, il y a beaucoup de très bons joueurs en Europe, mais je pense que d’un point de vue densité, il y a une vraie différence. Mettre dix joueurs (du DP World Tour) sur le Championship Series, je trouve que c’est trop beau. Si c’était moi, je mettrais probablement les trois à cinq meilleurs sur le Championship Series et les autres auraient accès sur le Challenger Series. Il ne faut pas oublier qu’il y aura 20 tournois challengers avec au minimum 4 millions de dollars de dotation à chaque fois. Ce qui est, en termes de rémunération et d’opportunité de jeu, plus intéressant pour moi que le DP World Tour. Donc, oui, il y a une vraie question à se poser sur le nombre de joueurs qui vont aller sur le Championship Series et sur le Challenger Series.
G.P. : Dans le cas où ça ne se passerait pas comme prévu pour vous dans les Fall Series, vous seriez assuré de posséder une catégorie 12 sur le DP World Tour la saison prochaine. Est-ce que ce sera peut-être une solution de repli ?
M.P. : Oui bien sûr, je ne suis fermé à aucune option. Comme je le disais, mon but est de jouer un maximum de tournois sur le PGA Tour parce que c’est pour moi les tournois les plus relevés, où l’on affronte les meilleurs joueurs chaque semaine, où les parcours sont les plus difficiles… Mon but est d’essayer d’être toujours compétitif au plus haut niveau. Après, s’il y a des tournois sur lesquels je ne pourrais pas jouer, bien sûr qu’il faudra que je revienne faire quelques bons tournois ici en Europe, en retrouvant, pourquoi pas, un statut si ça ne se passe pas aussi bien là-bas.
G.P. : Vos dernières sorties sur le DP World Tour ont plutôt été encourageantes (24e au Nexo Championship, 37e au British Masters). C’est peut-être le début d’une réponse, non ?
M.P. : C’est vrai. La grosse différence, elle est surtout mentale. Ici, sur le Tour européen, on est constamment avec les copains, on est constamment une dizaine de joueurs sur chaque tournoi, on partage les parties de reconnaissance ensemble, on partage les repas, on rigole beaucoup entre nous, donc on arrive vraiment à sortir un peu de ce cadre très professionnel, discipliné, du sport individuel. Et ça fait beaucoup de bien. C’est là-dessus que j’ai du mal à équilibrer un peu avec ma vie aux États-Unis. Cela fait trois ans quand même que je suis là-bas mais on se sent esseulé. C’est cet équilibre un peu émotionnel qui est difficile à maîtriser. Cela fait donc toujours du bien de revenir ici et de partager ces moments avec les copains. Là-bas, on se sent en terre hostile, faut pas oublier qu’on vient du DP World Tour, qu’on est Européen. Alors oui, j’ai quand même pas mal de copains maintenant aux Etats-Unis mais ça reste vraiment un job. Les gars sont là pour gagner un tournoi, pour faire de l’argent, c’est vraiment une mentalité différente. Je sens beaucoup plus de joueurs prêts à tout là-bas, alors qu’ici, entre guillemets, on partage davantage de choses entre nous, même si nous sommes tous très concentrés sur la compétition.
Récupérer des joueurs du LIV, des bons joueurs qui ont de la notoriété… Ce sera une vraie valeur ajoutée pour le DP World Tour.
Matthieu Pavon
G.P. : Avec le recul, si vous deviez aujourd’hui changer quelque chose à l’issue de votre victoire au Farmers Insurance Open en janvier 2024, ce serait quoi ?
M.P. : Je dirais avoir arrêté avec mon coach. Mark Blackburn n’était pas mon premier choix. Je voulais à la base travailler avec Chris Como. Il avait des profils de joueurs qui étaient intéressants, notamment Xander Schauffele… Mais il m’a dit très gentiment que ce n’était pas possible du fait du nombre de joueurs qu’il avait déjà. On a donc opté pour une autre solution. Mais j’adore Mark, il a essayé de m’aider au mieux mais voilà, ça n’a pas fonctionné. C’est ça, à mon avis, qui m’a fait un peu de mal.
G.P. : Au fait, pensez-vous que le LIV Golf version 2.0 va continuer d’exister ?
M.P. : Je pense que ça devrait naturellement s’arrêter. Est-ce que ce sera l’année prochaine ou dans deux ans, je ne sais pas. Ils ont perdu leur partenariat avec l’Asian Tour, qui s’est rapproché du Tour européen et du PGA Tour. On sent que ces trois tours ont envie de travailler ensemble. On sent une alliance plus globale, et on sent le LIV Golf un peu plus esseulé. Et quand on est un peu tout seul dans une grosse industrie comme ça, c’est difficile d’être compétitif contre les autres cadors.
G.P. : Peut-on dire que c’est plutôt bon signe pour le DP World Tour qui devrait récupérer des joueurs actuellement sur le LIV Golf ?
M.P. : Oui, ce serait la meilleure chose à faire. Récupérer des joueurs du LIV, des bons joueurs qui ont de la notoriété… Ce sera une vraie valeur ajoutée pour le DP World Tour.
Photo : Raj Mehta / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP














