Le directeur général du DP World Tour accuse le LIV d’avoir consacré plus de 7 milliards de dollars à son développement entre 2022 et 2026, avec notamment l’ambition de fragiliser, voire de faire disparaître, le circuit européen. À Abu Dhabi, Guy Kinnings défend l’identité de son Tour et justifie sa politique d’invitations pour 2027.
La guerre entre le LIV Golf et le DP World Tour est loin d’être terminée, à moins que le circuit dissident ne disparaisse définitivement. Alors que le circuit saoudien prépare une nouvelle étape de son développement pour 2027, malgré le retrait annoncé du financement du Fonds public d’investissement saoudien (PIF), Guy Kinnings a choisi de hausser le ton.
À quelques heures du coup d’envoi de l’Abu Dhabi Aldar Championship, première des deux dernières étapes des play-offs de la saison, le directeur général du DP World Tour a formulé une accusation particulièrement lourde : le LIV aurait eu pour objectif de détruire le circuit européen.
Nous devons protéger cette culture si particulière du DP World Tour
Guy Kinnings, directeur général du DP World Tour
« Nous devons protéger cette culture si particulière du DP World Tour. On la retrouve partout dans le circuit. C’est ce qui me rend si fier de ce que nous avons construit : il n’existe rien de comparable ailleurs dans le monde », explique-t-il.
Avant de lancer cette accusation sans détour : « Mais nous devons aussi protéger notre Tour face à une entité qui a dépensé, selon les informations qui nous ont été communiquées, plus de 7 milliards de dollars, avec notamment pour objectif de “détruire le DP World Tour”. »
Une déclaration forte, qui illustre la profondeur de la défiance entre les deux circuits. « J’ai entendu cela de la part de nombreuses personnes différentes, des gens avec qui j’ai échangé, que je connais depuis plus de trente ans dans ce sport et en qui j’ai une confiance absolue », précise-t-il.
Une politique d’invitations pour protéger le circuit
Ces propos interviennent dans un contexte particulièrement sensible. Après plusieurs années de tensions, le DP World Tour doit désormais gérer le retour de joueurs issus du LIV, alors que l’avenir du circuit saoudien est plus que jamais incertain.
Plusieurs anciens membres du LIV ont déjà manifesté leur volonté de revenir sur le circuit européen. Mais cette perspective ne fait toutefois pas l’unanimité dans les rangs du DP World Tour. Certains joueurs, dont Eddie Pepperell, Marc Warren ou Joost Luiten, ont exprimé leurs interrogations sur les invitations susceptibles d’être accordées aux anciens joueurs du circuit dissident, notamment au regard des opportunités offertes aux membres réguliers.
Guy Kinnings a donc tenu à préciser la logique de cette politique pour 2027 : « Il y a beaucoup de joueurs qui souhaitent évoluer sur notre Tour. Nous avons des passerelles avec des circuits du monde entier, et c’est une bonne chose. »
Il rappelle que le DP World Tour doit continuer à offrir des possibilités aux joueurs qui passent par les écoles de qualification ou l’HotelPlanner Tour pour accéder à l’élite grâce à leurs résultats.
Mais il observe également un intérêt croissant de joueurs confirmés pour rejoindre ou retrouver le circuit européen.
« Nous voyons aujourd’hui beaucoup de joueurs qui étudient leurs possibilités et qui souhaitent venir jouer chez nous. Certains sont de très grands noms. Nous sommes donc dans une position solide. »
Pas de passe-droit pour les Rolex Series
Face aux critiques, Kinnings veut aussi corriger ce qu’il considère comme une mauvaise interprétation du dispositif.
« Je pense qu’il existe un léger malentendu sur ce que nous voulons faire avec ces invitations, et je souhaite clarifier les choses. Tout d’abord, nous ne créons pas de catégorie spéciale d’exemptions pour ces invitations. Ensuite, elles ne concerneront pas nos tournois Rolex Series. »
Le DP World Tour envisage plutôt de cibler d’autres tournois, notamment certains opens nationaux, entre février et août. L’objectif serait de renforcer les champs de joueurs de ces rendez-vous grâce à la présence de grands noms.
Une manière, selon lui, de faire bénéficier l’ensemble du circuit de l’arrivée de nouveaux joueurs, sans remettre en cause les équilibres des épreuves les plus prestigieuses.
Plus d’un milliard de dollars déjà contractualisés
Malgré les incertitudes grandissantes entourant l’avenir du LIV et les évolutions annoncées du PGA Tour à partir de 2028, le patron du DP World Tour se montre optimiste. Il affirme que le circuit dispose actuellement de plus d’un milliard de dollars d’engagements contractuels. Un chiffre qu’il met en avant pour souligner la solidité de son modèle et sa capacité à poursuivre son développement.
Le message de Guy Kinnings est donc double : le DP World Tour entend défendre son identité face à la concurrence, mais aussi rester ouvert aux joueurs qui souhaitent le rejoindre.
La « guerre » avec le LIV n’est pas seulement financière ou sportive. Elle porte aussi sur la place du circuit européen dans le paysage mondial du golf. Et, à écouter son directeur général, le DP World Tour n’a aucune intention de céder du terrain.
Photo : Richard HEATHCOTE / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP












