Ukrainien de naissance, naturalisé français le 23 décembre dernier, Lev Grinberg est l’un des six tricolores présents dans ce 154e The Open de l’histoire. Le jeune joueur amateur, à qui l’on prédit un avenir doré, profite de cet instant « hors du temps » pour faire ses gammes au plus haut niveau. Avec une petite idée derrière la tête.
Lionel VELLA, au Royal Birkdale
Un message claque sur le téléphone portable. Kenny Le Sager nous prévient qu’ils sont au départ du 18. Cela nous laisse le temps de rejoindre la zone réservée aux médias, nichée entre le green et le club-house très art déco du Royal Birkdale. Lev Grinberg, accompagné de son coach au Centre de performance du Golf National, distille ses derniers chips, règle ses derniers putts. Consciencieux.
Une poignée de mains franche et ferme avec Brooks Koepka et Victor Perez, ses partenaires de jeu, ainsi qu’au célèbre coach anglais, Pete Cowen, qui suit l’Américain… Tout heureux de se trouver ici du côté de Southport, la jeune pépite du golf tricolore, naturalisée le 23 décembre dernier, vit un rêve éveillé.
Je suis content d’être ici et de jouer sur ce parcours là, ça me donne envie d’être meilleur au golf.
Lev Grinberg
Il doit sa présence à ce 154e The Open de l’histoire à sa victoire au The Open Amateur Series regroupant le St Andrews Links (qu’il a gagné), The Amateur Championship et le Championnat d’Europe individuel Messieurs.
« Je suis en train de vivre une des meilleures semaines de ma vie », lâche d’entrée ce jeune homme âgé de 18 ans, dont le très léger accent laisse transpirer des origines slaves. Ukrainiennes plus précisément.
« Je suis content d’être ici et de jouer sur ce parcours là, ça me donne envie d’être meilleur au golf, ajoute-t-il, les yeux brillants. J’ai profité à fond et je vais essayer de bien me comporter dans ce tournoi mais surtout juste prendre de l’expérience et kiffer l’endroit. »
Un parcours sec… Très sec !
Arrivé tout droit d’Estonie dimanche soir où il a participé avec l’équipe de France Messieurs au Championnat d’Europe amateur, Lev Grinberg a joué 18 trous lundi puis 9 trous ce mardi (du 10 au 18). Avant de rejouer 9 trous aujourd’hui mercredi. « Pour me mettre bien en jeu. »
Tous les joueurs présents pour ce dernier Majeur de la saison ont prévenu. Le parcours sera tout sauf simple, baigné dans une chaleur inhabituelle sous ces latitudes offrant, le vent aidant, un tracé ultra sec.
« Le parcours va être extrêmement dur et extrêmement bien préparé, alerte-t-il. C’est très très sec. Il est long aussi. C’est un parcours très dur où il faut que tu joues bien tout en prenant les bonnes décisions. Les greens ? Franchement, c’est pareil que pour les fairways, ça roule plus vite. »
Sous le regard attentif de Koepka et Pete Cowen
Cette reco sous un franc soleil et un thermomètre plutôt élevé (26 degrés à l’instant T), Lev Grinberg s’en souviendra longtemps. Jouer avec un quintuple vainqueur en Majeur et l’un des meilleurs golfeurs français du moment, cela n’arrive pas tous les jours. La veille, il avait fait partie commune avec Eugenio Chacarra, Matthew Fitzpatrick ou encore Marco Penge. Que du lourd !
« Ce n’était pas tout prévu au départ, s’amuse le jeune amateur. Quand j’ai vu Brooks et Victor arriver, je me suis dit qu’on allait passer un bon après-midi. J’ai joué avec des mecs super sympas et j’ai appris encore beaucoup de choses. Par exemple la manière dont ils font leurs parcours, leur routine dans les endroits où ils vont être pendant le tournoi, comment ils frappent la balle bien sûr et comment ils se gèrent. Tout ce qu’ils font sur un parcours, c’est très intéressant pour moi de pouvoir regarder. »
Aussi fort que Romain Langasque ?
Il faut remonter à juillet 2015 pour retrouver la trace d’un amateur français présent à The Open. C’était à St Andrews et il s’appelait Romain Langasque. Des cinq français présents, il avait été le seul à franchir le cut. Notre hôte signerait tout de suite pour un tel scénario.
« Le but c’est de passer le cut et de finir le plus haut possible, mais j’ai aussi envie de profiter de l’instant présent, reconnait-il. Ce que je vis actuellement, c’est le top du top, c’est vrai. J’ai eu beaucoup de chance, mais j’ai quand même fait le taf pour en arriver là. Cette semaine, j’ai juste envie de faire les choses correctement. Il n’y a pas quelque chose de mieux que The Open ou le Masters. Si tu gagnes ici, c’est que t’es le plus fort. »
Sa force ? Il n’a pas peur !
Kenny Le Sager, son coach au Centre de Performance du Golf National
Ancien joueur professionnel, Kenny Le Sager, son coach, est là pour lui apporter le maximum de confiance et lui distiller son expérience. Il connait le jeune homme presque par cœur.
« Lev prend la mesure de l’événement, résume-t-il. L’idée, c’est qu’il ne faut pas être spectateur de l’événement. Il faut juste le gérer comme une semaine normale, avec tout le travail qu’il a à faire. Mais il a le droit de prendre des breaks et regarder ce qu’il se passe. Le tout, c’est de pouvoir revenir dans le travail et dans la gestion d’une semaine de tournoi normale. »
Quand on lui demande quel est son point fort, le technicien de la Fédération française de golf ne réfléchit pas longtemps. « Il n’a pas peur. Quand tu arrives sur une scène aussi grande que le British, il sait qu’il sera à la hauteur de l’événement. Il a le jeu pour ne pas dépareiller parmi tous ces grands joueurs. Donc l’idée, c’est quand même de ne pas se faire piéger par le tournoi, par l’événement et par le parcours. On en a discuté. Il a demandé 2-3 conseils, notamment à Koepka. »
Deux premiers tours avec un vainqueur de la Claret Jug
Il n’y a plus maintenant qu’à se jeter dans le grand bain. Ce sera le cas ce jeudi à 8h03 locale (9h03 en France) avec deux pointures, Francesco Molinari, vainqueur de The Open 2018 à Carnoustie, héros de la Ryder Cup 2018 au Golf National (5 matches, 5 victoires), et Tom McKibbin, précoce lauréat sur le Tour européen avant de répondre aux sirènes du LIV Golf en début d’année 2025. Un duo loin de l’impressionner. N’avait-il pas franchi le cut du Soudal Open en mai 2022 alors qu’il n’avait pas encore 15 ans avant de confirmer à l’Open de France en octobre 2024 en prenant la 37e place finale ?
« Cela va être sympa, sourit Lev Grinberg, deux Ryder Cup Junior à son actif. Quand tu joues The Open, tu sais que tu vas jouer avec des mecs super forts. Là, c’est une chance pour moi. Une de plus. De toute façon, ce British, ça fait des semaines que j’y pense. En fait, tous les jours. La semaine dernière, je ne pensais qu’à ça. Pendant que je jouais au golf, pendant que je mangeais, je ne pensais qu’à ça. »
Photo : Mike Stobe / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP











