À 39 ans, Ryan Fox entre définitivement dans l’histoire du golf mondial. En remportant The Open à 39 ans, il est devenu le deuxième Néo-Zélandais à soulever la Claret Jug et seulement le troisième joueur de son pays à remporter un Majeur. Ce fils d’une ex-légende des All Blacks, qui a la particularité de jouer très rapidement et d’avoir un putting époustouflant, est un joueur très apprécié sur les différents circuits où il a évolué.
Tout le monde le savait, Ryan Fox n’allait pas tourner trois fois autour du trou pour tenter ce putt de la gagne. Ni nous infliger la terrible et interminable séquence du « Aim point ». En quelques secondes à peine, après avoir tapé une merveille de drive et un coup de fer laser, le Néo-Zélandais de 39 ans a dégainé.
Ryan Fox. Nerves of steel.
— The Open (@TheOpen) July 19, 2026
That is how you win The 154th Open. pic.twitter.com/M6YxCYEuXA
Ces 3,50 mètres qui le séparaient du trou étaient pourtant les plus longs de sa vie. Mais il n’a pas tergiversé. Pas le genre, malgré l’enjeu, malgré le fait que ce putt représentait une chance unique dans sa carrière, lui qui disputait son 29e majeur avec une 16e place comme meilleur résultat auparavant (au British 2019).
Et la balle a fini au milieu du trou. Et son destin de joueur a basculé.
Fils d’une légende des All Blacks
En s’imposant à Birkdale, le kiwi Ryan Fox a rejoint deux légendes nationales : Bob Charles, vainqueur du British Open en 1963, et Michael Campbell, héros de l’US Open 2005 à Pinehurst après avoir résisté à Tiger Woods.
Un accomplissement immense pour un joueur qui a longtemps avancé dans l’ombre des autres, y compris celle de son propre père, Grant Fox, légende des All Blacks. Détail symbolique, le fiston a d’ailleurs remporté la plus grande victoire de sa carrière vêtu de noir…
En Nouvelle-Zélande, porter le nom de Fox est un privilège… mais aussi un poids. Le père de Ryan, le nouveau vainqueur de l’Open britannique, est donc Grant Fox, sacré champion du monde de rugby en 1987 avec les Blacks et l’un des meilleurs buteurs de l’histoire du XV néo-zélandais. Son grand-père maternel, Merv Wallace, a quant à lui été capitaine de l’équipe nationale de cricket. Ryan aurait pu suivre cette voie toute tracée. Il a préféré s’en inventer une autre, un club de golf à la main. « J’ai toujours voulu devenir sportif professionnel. Il m’a juste fallu du temps pour trouver dans quel sport. »
Adolescent, il joue pourtant au rugby à haut niveau, au même poste que son père. Mais plusieurs commotions cérébrales finissent par le convaincre de tourner la page. Le golf devient une évidence. Son père, loin de lui ouvrir des portes, refuse de lui faire le moindre cadeau. « Il ne me laissait jamais gagner à quoi que ce soit », racontait le fiston. Cette culture de la compétition façonne son caractère : discret, travailleur, obstiné, mais toujours capable de prendre du recul.
Changement de dimension en 2023
Longtemps, Fox est considéré comme un joueur solide du DP World Tour capable de coups d’éclat mais sans véritable statut. Il lui faut attendre la trentaine pour exploser. Après une première victoire sur le circuit européen en 2019, tout s’accélère en 2022 avec son triomphe à l’Alfred Dunhill Links Championship, puis surtout au prestigieux BMW PGA Championship de Wentworth en 2023, devant Rory McIlroy et Jon Rahm. Son arrivée sur le PGA Tour est plus laborieuse, mais il finit par s’imposer en 2025 au Myrtle Beach Classic, puis au RBC Canadian Open, deux victoires qui changent définitivement son statut mondial.
« Mon ascension dans les rangs pros a nécessité du temps », a souri le « champion of the year ».
Ryan Fox est l’antithèse du golfeur obsédé par la technique. Puissant frappeur, avec un swing en apparence brutal, il revendique une approche naturelle du jeu. « Le golf reste simple : voir un coup, jouer un coup et prendre du plaisir. C’est quand j’arrête de penser technique que je joue mon meilleur golf. » Une philosophie héritée d’une période difficile au début de sa carrière, lorsqu’il avait perdu le plaisir de jouer avant que son père ne lui rappelle pourquoi il était tombé amoureux de ce sport. C’est peut-être pour cette raison qu’il joue vite. Pour garder une forme d’amusement et d’instinct.
En dehors des parcours, Fox est un homme simple.
Installé entre la Floride et la Nouvelle-Zélande avec son épouse Anneke et leurs deux filles, Isabel et Margot, il revendique son statut de « family man ». Sur le PGA Tour, il profite volontiers des structures mises en place pour les familles afin de voyager avec ses enfants. « Le circuit fait un travail formidable pour que les familles soient impliquées. Voyager seul devient vite très solitaire. » Ses filles l’accompagnent régulièrement sur les tournois.
« Je ne sais pas comment j’ai fait pour taper ce dernier putt, j’avais les jambes qui tremblaient », s’est ému l’heureux papa en appelant sa famille juste après sa victoire. « Tu m’avais dit de ramener le trophée à la maison, je vais le faire », a-t-il dit à l’un de ses filles, en larmes.
“You told me to bring a trophy home” —Ryan Fox on FaceTime to his daughter.
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Beautiful stuff ❤️❤️❤️ pic.twitter.com/S3x1Rq5TAT
Un family man proche de Rory McIlroy
Quand il rentre chez lui, les clubs restent souvent au garage. Ryan Fox préfère partir à la pêche, surfer ou regarder un match de rugby. « Tout le monde a besoin de s’éloigner de son travail. Pour moi, ce sont la pêche, la famille et les amis qui me permettent d’oublier le golf. » Une respiration indispensable pour celui qui dispute plus de trente semaines de compétition par an.
Cette personnalité chaleureuse fait de lui l’un des joueurs les plus appréciés du circuit. Les médias néo-zélandais le décrivent régulièrement comme l’un des athlètes du pays les plus accessibles, toujours disponible pour les supporters, les journalistes ou les jeunes joueurs. Derrière son imposante carrure (plus de 100 kilos et des avant-bras digne de Popeye) se cache un compétiteur sans arrogance, fier de perpétuer la tradition sportive familiale sans vivre dans l’ombre de son père.
Derrière son apparente discrétion, Ryan Fox est aussi l’un des joueurs les plus appréciés du vestiaire.
Sa personnalité chaleureuse et son humour néo-zélandais lui ont permis de nouer des liens forts avec plusieurs figures du circuit, au premier rang desquelles figure Rory McIlroy. Les deux hommes se connaissent depuis leurs années sur le DP World Tour et leur relation dépasse largement le cadre de la compétition. Fox, qui admire autant le joueur que l’homme, a même offert à McIlroy un talisman traditionnel néo-zélandais, un pounamu (une pierre de jade maorie considérée comme un symbole de protection, de force et de connexion), que le Nord-Irlandais porte régulièrement sur lui.
Un geste qui illustre la manière dont Fox représente son pays avec fierté.
Un joueur créatif et habile
« Rory est quelqu’un de très généreux. Il a toujours pris le temps de discuter avec moi, même lorsque j’étais loin au classement et que je n’étais pas encore considéré comme un joueur établi », expliquait Fox. Cette reconnaissance envers ceux qui l’ont aidé à progresser est l’une de ses marques de fabrique. Sur le circuit, il entretient également une forte amitié avec d’autres joueurs comme Justin Thomas, Adam Scott ou encore plusieurs membres de la communauté australienne et néo-zélandaise du PGA Tour. Chez Ryan Fox, la compétition n’efface jamais la camaraderie : il aime gagner, mais il aime aussi appartenir à une famille de joueurs.
À 39 ans, Ryan Fox n’a peut-être pas suivi le chemin le plus rapide vers le sommet, mais il incarne parfaitement cette génération de joueurs qui arrivent à maturité sur le tard. Puissance, créativité, décontraction et une capacité rare à relativiser les résultats : autant de qualités qui font du Néo-Zélandais un champion tout terrain, particulièrement habile lorsque le vent souffle et que les parcours links réclament davantage d’instinct que de mécanique.
C’est aussi pour cela qu’il est devenu, au fil des années, l’un des joueurs les plus respectés du vestiaire. Le vainqueur du British n’a peut-être pas le swing le plus fluide du monde, mais ce n’est pas qu’un gros frappeur. Gagner l’Open britannique à Birkdale est réservé aux plus grands. C’est dans cette catégorie qu’il faut intégrer Ryan Fox.
Photo Michael Reaves / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP











