Avez-vous vu jouer Phil Mickelson au PGA Championship Ă Kiawah Island ? Transparent depuis des mois il a ressorti de son sac des coups qu’on croyait enfouis Ă jamais. Un apprentissage par l’exemple.
A quelques semaines de son 51e anniversaire, Phil Mickelson fĂ»t l’un des rares Ă surnager au naufrage collectif imposĂ© par l’Ocean Course de Pete Dye, sortant son meilleur golf et des coups oubliĂ©s pour gagner, alors que, depuis quatre ans, il ne posait que du vide sur son palmarès avec mille questions sur son avenir.
Vivre sur sa lancĂ©e dĂ©clinante de star ? Se consacrer Ă la famille ? Consolider sa retraite sur le tour senior ? Tout laisser tomber, taraudĂ© par le souvenir de ces bĂŞtises le sĂ©parant toujours d’un US Open victorieux ? Revoir son swing au risque de le perdre totalement ? Mais toujours affable, sourire imperturbable, humour vif, disponibilitĂ© pour les fans.
D’une autre planète
Nous perdons nos moyens pour des soucis bien moindres que cela. VoilĂ ce qui nous sĂ©pare de ces champions ou ces joueurs qui vivent au cĹ“ur du golf. Ils finissent toujours par nous servir des coups qui dĂ©passent l’entendement.
Quand ils s’appellent Sergio Garcia au PGA Championship 1999, Tiger Woods au 16 d’Augusta, Jordan Spieth Ă Royal Birkdale, cela s’admet Ă la façon d’un Neymar mettant dans le bleu trois adversaires sur ses coups de patte magiques.
Quand on s’appelle Botts, c’est dĂ©jĂ plus complexe Ă saisir. Botts?
Un eagle irréel
Aujourd’hui super-senior, Rafe Botts, un grand (par la taille) joueur de couleur, pro quasi inconnu qui l’est restĂ©, Ă©tait venu de Californie disputer l’Open de Suisse 1981. Sur quatre coups venus d’ailleurs, il renvoyait le tĂ©moin-amateur Ă ses chères Ă©tudes, plongĂ© dans un abĂ®me de rĂ©flexion.
Au 5 du parcours de Crans s/Sierre, un par 4 de 333 mètres en sévère dog-leg droit, au green caché derrière un profond et haut rideau forestier, son drive (persimmon) volait par-dessus les grands arbres pour se poser au drapeau. Eagle !
On en a vu des eagles sur ce trou, mais sur des approches, très rarement sur un drive, y compris avec les drivers surpuissants d’aujourd’hui. Ceux qui s’y sont alors essayĂ© en pleurent encore. Et deux trous plus loin, au 7 carte postale dominant la vallĂ©e du RhĂ´ne, ce total inconnu ramassait un autre eagle pour passer en tĂŞte (67, 67) d’un tournoi qu’il ne gagnera pourtant pas Ă force de trop penser, et d’additionner les bĂ©vues le week-end venu (73, 73). Se les reprochant amèrement très abattu.

Rafe Botts Ă l’Open de Suisse en 1981 ©Getty Image / Crans sur Sierre
Des arbres ? Quels arbres ?
Le lundi, le voilĂ disputant une dernière partie au Golf de Divonne avant de reprendre l’avion pour les Etats-Unis. Au 13, un long par 5 de 521 mètres tout en montĂ©e et en dog-leg droit, jouant des tees les plus arrières, il se retrouvait Ă deux mètres du drapeau au bout d’un drive suivi d’un fer 3 Ă l’aveugle coupant par-dessus tous les arbres encombrant son paysage. Eagle !Â
Et dire qu’on s’extasie devant les distances des pros d’aujourd’hui. Botts Ă©tait un sacrĂ© prĂ©curseur. Ainsi au 17, un court par 5 (435 mètres), voilĂ son drive complètement bloquĂ© par un rideau d’arbres Ă gauche du fairway bouchant complètement la ligne directe de vol de son second coup.
Entre sa balle et les arbres, vingt, peut-ĂŞtre trente mètres. Son fer 7 partait complètement Ă droite, en diagonale donc, en direction hors limite. Puis, comme tĂ©lĂ©guidĂ©e, sa balle amorçait un virage brutal sur l’aile gauche, pas Ă 90° mais presque, pour revenir vers le green et se poser au drapeau. DonnĂ© !
Un monde de différence
VoilĂ bien tout ce qui nous sĂ©pare de ces pros, de sacrĂ©s bonhommes, ou mĂŞme de ces jeunes joueuses attendues Ă l’Evian Championship fin juillet. L’amateur peut dĂ©cortiquer leurs coups toute une vie. Il ne fera qu’en rĂŞver. Et si, Ă la façon d’un Weiskopf au 12 d’Augusta, le voilĂ sortant d’un par 3 avec un 13 Ă©crasant, soyez sĂ»r qu’il ne s’en relèvera pas de sitĂ´t. Le pro, lui, sera de nouveau d’attaque Ă la première occasion. Un monde de diffĂ©rence.












