Deuxième en 2016, Aaron Rai l’avait emporté l’année suivante au Vaudreuil Golf Challenge, signant son troisième succès sur le Challenge Tour en l’espace de quatre mois seulement. Jean-Claude Forestier (photo), le promoteur du tournoi et propriétaire du domaine, se souvient du tout nouveau vainqueur du 108e PGA Championship à Aronimink, en Pennsylvanie.
Propos recueillis par Lionel VELLA
GOLF PLANETE : Avez-vous tout de suite pensé au Vaudreuil Golf Challenge en voyant Aaron Rai remporter le PGA Championship dimanche à Newtown Square ?
Jean-Claude FORESTIER : (Enthousiaste) Ah oui, bien sûr. J’y ai même pensé bien avant… Il a été rapidement dans le coup dans ce 4e tour. Il était mon favori, loin devant Matti Schmid et son long putter (rires). Je ne voulais pas que Cameron Smith gagne non plus car je n’avais pas aimé son attitude juste après sa victoire à The Open en 2022 à St Andrews. Il y avait ces rumeurs d’arrivée sur le LIV mais il a attendu la finale de la FedEx Cup, histoire de prendre quelques centaines de milliers de dollars en plus avant de rejoindre ce circuit. Enfin bref… Je suis tellement content pour Aaron Rai. Quand on voit son exemple de vie, sa philosophie derrière le golf comme école de la vie, je trouve ça top.
G.P. : Quels souvenirs gardez-vous de lui quand il est venu deux années de suite disputer le Vaudreuil Golf Challenge, en 2016 puis en 2017 ?
J.C.F. : Si je me souviens bien, on l’avait logé sur le domaine. Il était avec son père, qui le caddeyait. Je l’avais trouvé assez atypique déjà. Mais aussi excellent et très appliqué dans ce qu’il faisait. J’avais eu un grand plaisir à lui remettre le trophée en 2017. Ce que je regrette, c’est que je n’ai jamais joué avec lui lors des Pro-Am en amont du tournoi. Même si j’ai été plutôt bien loti en jouant avec des garçons comme Matthew Fitzpatrick ou Byeong hun An. J’ai aussi joué avec Alex Fitzpatrick, en compagnie de mon petit-fils, qui avait une douzaine d’années à l’époque et qui se débrouillait déjà vraiment bien… C’était très agréable. Mais pour en revenir à Aaron, j’ai vraiment apprécié son passage au Vaudreuil. Je trouve qu’il a fait un tellement beau tournoi là, à l’Aronimink Golf Club, notamment sur les trous du retour du parcours qui sont très compliqués. Arriver avec un score final de -9 sur un tel tracé, c’est pour moi un grand exploit. Je pense qu’il a cette humilité qui ne devrait pas l’affecter outre mesure pour la suite de sa carrière.
G.P. : Aviez-vous identifié lorsque vous l’avez découvert en 2016 une graine de futur champion ?
J.C.F. : Non, je ne peux pas dire ça… Il y avait des joueurs qu’on connaissait de réputation comme Matthew Fitzpatrick, qui était n°1 mondial amateur, ou n°2 je ne sais plus. Mais quand il déboule, on sait que ça peut faire mal. Aaron Rai, lui, était plus dans l’ombre. Déjà, ce n’est pas quelqu’un qui se met naturellement en avant. Cela ne l’aide pas à l’identifier. On imaginait plus, dans ces années-là, voir sortir des golfeurs comme Matthias Schwab par exemple… Mais il y a toujours des surprises en golf, et c’est tant mieux. Je ne suis pas un bon pronostiqueur (rires). Je voudrais que tout le monde gagne ! Ce jeu, le golf, est tellement délicat pour arriver à aligner quatre tours de suite de haute volée… A part les très grands, Nicklaus, Woods, Palmer ou Player, c’est rare qu’il y ait eu une domination aussi longue, surtout en nombre de tournois gagnés. C’est tellement difficile !
Je ne dirais pas que c’était une curiosité mais il était, c’est vrai, à la fois original et tellement appliqué. On se disait que c’était un perfectionniste.
Jean-Claude Forestier
G.P. : Attirait-il néanmoins déjà la curiosité au Vaudreuil avec ses deux gants ou ses couvre-fers ?
J.C.F. : Oui, sans aucun doute. Je pense aussi à la présence aussi auprès de lui de son père. Je ne dirais pas que c’était une curiosité mais il était, c’est vrai, à la fois original et tellement appliqué. On se disait que c’était un perfectionniste. Cela ne me choque pas en tout cas. Sur le nombre de joueurs qui passent dans notre tournoi depuis 2013, il y a quand même de très grosses réussites derrière. Je pense à Ryan Fox, à Andrew « Beef » Johnston, quand il n’avait pas de souci de blessures. C’était des joueurs qui nous passionnaient !
G.P. : Le fait que Aaron Rai a gagné au Vaudreuil, cela va-t-il encore un peu plus booster votre tournoi ? Allez-vous communiquer sur les réseaux sociaux pour justement surfer sur cette victoire ?
J.C.F. : Oui. Toutes les semaines avec mon Directeur de tournoi, je regarde à quelle époque ils sont passés au Vaudreuil, ce qu’ils ont fait en termes de résultats pour la plupart. Et c’est comme ça que j’ai découvert que Marco Penge avait fini 128e en 2023, tout comme Kristoffer Reitan. D’ailleurs lui, il n’a pas passé non plus le cut l’année suivante. Ce n’est peut-être pas un parcours qui lui convient. Je n’ai pas non plus été consulter toutes les années mais c’est intéressant de voir que cette humilité est nécessaire. Elle doit aussi malgré tout être source de volonté et d’ambition. C’est la dualité de ce jeu qui ressort ici. C’est à la fois la dualité technique et la dualité mentale, c’est-à-dire avoir cette force de respect du jeu tout en étant patient quand ça ne va pas dans votre sens.
G.P. : Avez-vous envoyé un texto ou un mot de félicitations à Aaron Rai au nom du Vaudreuil Golf Challenge ?
J.C.F. : Une fois que j’aurais récupéré son email, je lui enverrai un petit mot de félicitations. Mais là, je ne vais pas l’enquiquiner. C’est trop tôt. Mais je vais le faire. Aaron Rai, je l’avais revu à l’Open de France il y a deux ans. Il était justement en discussion avec Ryan Fox, ancien vainqueur lui aussi au Vaudreuil, et avec un autre vainqueur du tournoi. Je me suis représenté, je les ai encore remerciés d’être venu au Vaudreuil. Ils se souvenaient de moi puisque je remets le prix au vainqueur, et ils ont une photo qui immortalise tout ça.
G.P. : Comment imaginez-vous maintenant la suite de la carrière d’Aaron Rai ?
J.C.F. : La suite logique serait de le voir à la Ryder Cup en 2027 en Irlande. C’est quelqu’un de bienveillant, tourné vers les autres mais c’est aussi quelqu’un qui ne lâche pas sa proie. Du coup, même si ce n’est pas le plus titré, ni le plus impressionnant, je pense qu’en match play il peut être surprenant. Après, ce n’est pas lui qui va demander la place non plus… Si ça se fait, ça se fera naturellement.
Photo : Vaudreuil Golf Challenge












