Perrine Delacour, 21e ex æquo il y a un an, exprime un attachement profond à Évian, à la fois pour la beauté du site et pour l’importance de la tenue d’un Majeur en France. Sa trajectoire, marquée par des blessures et un arrêt pour santé mentale, l’a conduite vers une philosophie axée sur le plaisir et l’attitude positive. Son retour en forme est lié à une victoire déclencheur sur le LET en 2025, à la récupération de sa carte sur le LPGA, au soutien d’une équipe structurée et de sa famille. L’Amundi Evian Championship incarne pour la Picarde un rendez-vous à la fois sportif, humain et inspirant.
Propos recueillis par Frédéric PLISSON, à Evian
GOLF PLANETE : Comment vous sentez-vous ici à Evian ?
Perrine DELACOUR : C’est un plaisir constant de venir à Evian… des paysages magnifiques, un parcours superbe et une ambiance unique. Le fait que ce soit un Majeur en France renforce l’attachement et l’excitation, d’autant plus que c’est un parcours de montagne atypique et rare dans une saison LPGA. Ça le rend précieux et mémorable.
G.P. : On dit souvent qu’ici les joueuses se sentent comme à la maison. Vous le ressentez vraiment ?
P.D. : L’accueil est super ! J’ai de nouveau remercié Franck Riboud en début de semaine pour son engagement. Dans un contexte économique compliqué, un tel soutien est rare et précieux pour le développement du golf féminin.
G.P. : L’apport du public français est-il un multiplicateur pour l’envie et la performance ?
P.D. : Disputer un Majeur en France, c’est une vraie fierté. Ici, l’envie de performer est décuplée. C’est top de profiter du public et des infrastructures de haut niveau, et ça fait de l’étape d’Evian en rendez-vous incontournable de la saison. Mes parents vont venir depuis Laon (Aisne). Leur venue apporte un soutien moral et c’est aussi l’occasion de partager des moments en famille. Cet appui personnel, dans un cadre idyllique au bord du lac, m’apporte une énergie positive qui m’aide à aborder le tournoi avec sérénité et plaisir.
Jouer ici renforce cette fierté d’être française
Perrine Delacour
G.P. : Evian c’est aussi l’occassion de porter les couleurs françaises…
P.D. : Je me sens française partout, mais jouer ici renforce cette fierté d’être française. Même si jouer les Jeux Olympiques en France a été pour moi, pour l’instant, le sommet de ma carrière… notamment l’honneur de frapper le premier coup des JO au Golf National, un moment tellement émouvant.
G.P. : Quelle joueuse a été une référence pour vous ?
P.D. : Sans hésiter Stacy Lewis, qui m’a beaucoup marqué par sa résilience face à de graves blessures au dos et ses performances de numéro une mondiale. Lors de mes débuts pros, faire une reco avec elle a été un rêve d’enfant qui s’est réalisé. Je trouve qu’elle illustre une combativité et une constance inspirantes pour sa propre trajectoire, moi qui ai aussi connu les blessures. Mais mes pépins physiques sont derrière moi et je profite désormais pleinement du golf. Cette amélioration physique a libéré de la place pour retrouver le plaisir et la performance.
Je suis une meilleure personne et ça porte ses fruits sur le parcours
Perrine Delacour
G.P. : Psychologiquement , vous êtes aussi passée par des moments difficiles. Est-ce aussi derrière vous ?
P.D. : J’ai dû effectivement faire aussi un break pour ma santé mentale. Ce moment m’a permis d’avoir un recul salutaire sur ma vie sportive et personnelle. Grâce à la psychologue qui me suit, j’adopte aujourd’hui une philosophie axée sur le plaisir, l’amusement et le développement personnel… avec l’objectif d’être une meilleure personne, ce qui je crois porte ses fruits sur le parcours.
G.P. : Vous avez souvent parlé de votre désir de transmission. Est-ce toujours d’actualité ?
P.D. : Pendant ma pause, j’ai donné des cours. La transmission est importante pour moi. J’accompagne au golf dès que je peux mon petit neveu qui a six ans. Transmettre, surtout en fin de carrière, c’est un projet qui me tient vraiment à cœur. D’ailleurs, je suis disponible si besoin pour partager avec les autres joueuses. Les échanges sont facilités lorsqu’il existe des points communs, comme avec Nastasia Nadaud avec qui on partage le même coach.
G.P. : Les allers-retours sur le LPGA ne sont-elles pas usantes ?
P.D. : La perte de ma carte sur le LPGA fin 2024 n’a pas été évidente à gérer. J’ai entamé l’année 2025 dans un état d’esprit pas simple. Ma victoire rapide sur le LET à l’Open d’Afrique du Sud a déclenché une dynamique positive. Et puis avec le soutien de mon frère sur mon sac lors d’un tournoi US, j’ai renoué avec l’envie de rejouer aux États-Unis.
Calme, sérénité et vision à long terme
G.P. : Vous parlez de plus en plus de votre entourage. Est-ce à dire que vous avez trouvez un réel équilibre ?
P.D. : Mon entourage est central… David Derhille pour la communication, Matthieu David pour le projet de carrière et l’évolution personnelle, et Robin Cocq pour l’approche technique. Ajoutés au soutien de ma famille et au travail avec ma psychologue, ils apportent calme, sérénité et vision à long terme. Je considère ma carrière comme un marathon plutôt que comme la somme de tournois isolés.
G.P. : Comment s’est passée la « reco » du parcours ici à Evian ?
P.D. : Mon caddie ne connaissant pas le tracé, on a beaucoup échangé. L’expérience que j’ai accumulé ici facilite une meilleure stratégie au fil des années. L’objectif n’est pas le résultat brut, mais l’attitude. Mes trous préférés ? Il y en a quelques uns. J’aime beaucoup le 2, le 5 et le 14. Ici, presque tous les trous offrent une vue sur le lac Léman. Même si je suis dans ma bulle, je m’accorde des instants de gratitude, consciente de la chance de mon mode de vie et de l’environnement d’Evian.
Photo : MILLEREAU Philippe / KMSP via AFP












