Les vagues successives de canicule sur l’Europe de l’ouest mettent clairement en péril certains parcours de golf. C’est le cas en Grande-Bretagne où un niveau de sécheresse n’avait jamais été atteint depuis les premiers relevés en… 1836. En France, plusieurs régions sont elles aussi confrontées à des situations alarmantes.
L.V. et F.P.
« Je n’ai jamais vu un parcours comme ça depuis The Open 2006, au Royal Liverpool ! » Cette remarque incrédule d’un confrère britannique croisé durant le dernier Open britannique au Royal Birkdale, remporté par le Néo-Zélandais Ryan Fox, est symptomatique de ce que traverse actuellement la Grande-Bretagne, et plus généralement l’Europe de l’ouest depuis plusieurs longues semaines.
Des vagues de canicules répétées se succèdent en effet cet été et leurs impacts sont visibles sur les sols, la végétation, et par ricochet sur plusieurs parcours de golf. Celui qui a accueilli le 154e The Open de l’histoire à Southport (Angleterre) n’a pas dérogé à la règle : fairways brûlés, rough quasi inexistant, greens ultra fermes, rebonds très aléatoires… De très nombreux joueurs n’avaient pas eu affaire à ce genre de cocktails détonants dans un tournoi pourtant très souvent balayé par les pluies et les vents…
26 millions de personnes impactées en Grande-Bretagne
Comme le rapporte le très sérieux Guardian, l’Angleterre et le pays de Galles ont enregistré leur mois de juillet le plus sec depuis le début des relevés en… 1836 ! Les Gallois ont connu leur mois de juillet le plus chaud jamais enregistré (à égalité) en termes de température moyenne, tandis que l’Angleterre a enregistré son deuxième mois de juillet le plus chaud.
Selon le Met Office, la moitié de l’Angleterre et l’ensemble du pays de Galles ont la semaine dernière été officiellement déclarés en situation de sécheresse. En Angleterre, 40 % de la population (soit 26 millions de personnes) est soumise à une interdiction d’utiliser des tuyaux d’arrosage. Et pourtant, dans le même temps, les clubs de golf ont toujours l’autorisation d’arroser, en priorité les greens (voir ci-dessous), ce qui a pour le don d’en énerver certains.
So while 26 million people in England and Wales are living under a hosepipe ban last night this is happening on a golf club in north London.
— Feargal Sharkey (@Feargal_Sharkey) August 8, 2026
What am I missing? pic.twitter.com/IQpYE1Pt9Y
La France n’est pas épargnée par ce phénomène. Juillet est d’ores et déjà le mois le plus chaud et l’un des plus secs jamais enregistrés dans l’Hexagone, avec une anomalie thermique de +3,8°C et un déficit de 70 %. Le Figaro rapporte également que les sols sont désormais plus secs qu’en 2022 et 2025, atteignant des niveaux proches des plus bas historiques.
Stress hydrique pour les greens
Les répercussions sur les parcours de golf sont là aussi nombreuses. Les sols très secs rendent ici les fairways durs, jaunis, parfois fissurés ressemblant plus à un amas de paille qu’à une herbe bien taillée. Les greens subissent un « stress hydrique », même lorsqu’ils sont arrosés. Ceci entraîne également des risques accrus d’incendies dans les zones forestières, notamment en Gironde, dans les Landes et en Provence. Mais le prestigieux Golf de Fontainebleau, en Seine-et-Marne, a lui aussi été menacé par des feux importants à la mi-juillet. Cette sécheresse touche finalement toutes les régions.
Dans plusieurs départements, les golfs doivent de ce fait réduire l’arrosage, privilégiant d’abord les greens, tout en l’effectuant le plus souvent la nuit pour limiter l’évaporation. Les golfs sans accès à des retenues d’eau ou à des systèmes de recyclage sont de facto les plus touchés. Les régions les plus exposées demeurent la Nouvelle-Aquitaine mais aussi la Provence, l’Occitanie et les Pays de la Loire.
Différents niveaux d’alerte en Vendée
En Vendée par exemple, les arrêtés préfectoraux distinguent plusieurs niveaux. Alerte : l’arrosage des golfs est interdit entre 8h00 et 20h00, avec une réduction de 15 à 30 % du volume hebdomadaire. Alerte renforcée : seuls les greens et les départs peuvent être arrosés, entre 20h00 et 8h00, avec une réduction d’au moins 60 % des volumes. Crise : seuls les greens peuvent encore être arrosés, la nuit, dans la limite de 350 m³ par semaine et par tranche de 9 trous, sauf pénurie d’eau potable.
Au nord-est de la Vendée, le département du Maine-et-Loire souffre lui aussi. Joué en cette fin de semaine par un des journalistes de Golf Planète, le golf de Cholet ne voit plus que ses greens arrosés. De bonne facture certes, mais les fairways sont jaunis.
« On dirait de la paille, nous confiait un membre rencontré. Bienvenue au Royaume-Uni ! Sauf que, mais quand vous jouez les links, vous pouvez vous écarter. Là, chaque petite erreur est fatale. Un rebond capricieux après un très bon drive peut vous mettre hors jeu. C’est délicat et frustrant. »
Face à cette urgence, la Fédération française de golf (FFG) recommande des départs très matinaux, la réduction ou le report des compétitions déjà programmées, l’hydratation renforcée, des zones ombragées et un accès à l’eau potable ou encore une vigilance accrue pour les personnes fragiles.
Les eaux usées : l’alternative
Pour parer à cette situation alarmante, certains golfs ont toutefois adopté des solutions de « rechange » qui semblent porter leurs fruits. C’est le cas du Golf de l’Estang, à Montauban (Occitanie). Malgré la sécheresse et les restrictions, le parcours continue d’être entretenu grâce à un système d’irrigation alimenté par des eaux usées traitées provenant de la station d’épuration voisine.
Même si les fairways ont pris une couleur jaune après plusieurs semaines de chaleur, les greens, eux, bénéficient d’un arrosage très ciblé, limité à quelques minutes durant la nuit, comme le préconise le directeur du golf, Jérôme Bottero.
Le Bourgenay Golf Club, au sud des Sables d’Olonne, a même lui la chance de bénéficier d’un bassin de rétention des eaux usées mis à disposition par la mairie depuis quelques années. « C’est une véritable chance, reconnaît Nicolas Tacher, le directeur du golf. Nous filtrons cette eau et pouvons ensuite arroser les faisways. Nous avons conscience d’être des privilégiés. »
Les fairways sont en effet de très bonne qualité. Les très nombreux « estivants golfeurs » sont d’ailleurs agréablement surpris de voir l’état du parcours, et le font savoir au personnel.
Quoiqu’il en soit, les prévisions météorologiques pour les prochains jours restent très inquiétantes puisque l’on annonce de nouveau des températures oscillant entre 35 et 40°C sur une grande partie du pays. Et cet épisode pourrait, selon les spécialistes du climat en France, se poursuivre jusqu’au mois… d’octobre !
Photo : Justin TALLIS / AFP












