C’est un tournant majeur dans la jeune histoire du LIV Golf. Privé du soutien financier du fonds souverain saoudien PIF à partir de 2027, le circuit a officiellement demandé mardi à être placé sous la protection du Chapter 11 de la loi américaine sur les faillites. Une procédure qui ne signifie pas nécessairement sa disparition : LIV espère au contraire s’en servir pour effacer une partie de ses anciennes obligations et repartir dès 2027 avec de nouveaux investisseurs, un modèle économique profondément remanié et des joueurs qui deviendraient propriétaires majoritaires du circuit.
Le scénario était redouté depuis plusieurs mois, il est désormais officiel. LIV Golf a déposé mardi 8 septembre une demande de protection sous le Chapter 11 auprès du tribunal des faillites du New Jersey.
Cette procédure américaine permet à une entreprise en difficulté de poursuivre son activité tout en restructurant ses dettes. LIV Golf n’est donc pas placé en liquidation et affiche clairement son intention de revenir en 2027 sous une nouvelle forme.
Le dossier donne néanmoins une idée de l’ampleur des difficultés financières rencontrées par le circuit : entre 500 millions et un milliard de dollars de passif, pour des actifs estimés entre 100 et 500 millions.
Plus de 5 milliards de dollars investis par le PIF
Depuis le lancement du LIV en 2022, le Public Investment Fund (PIF) saoudien aurait injecté plus de 5 milliards de dollars dans le projet.
Mais en avril dernier, le fonds souverain avait annoncé qu’il ne financerait plus le circuit au-delà de la saison 2026. Une décision qui a accéléré les difficultés du LIV, dont la saison s’est achevée prématurément il y a trois semaines à Indianapolis.
Le PIF n’abandonne toutefois pas immédiatement le navire. Il doit encore fournir 49,6 millions de dollars de financement pour permettre au LIV de fonctionner pendant la procédure de Chapter 11, sous réserve de l’approbation du tribunal.
Rahm, DeChambeau, Johnson et Smith parmi les créanciers
Autre information conséquence de ce dépôt de bilan : plusieurs des principales stars du circuit figurent désormais parmi ses créanciers.
Jon Rahm, Bryson DeChambeau, Dustin Johnson et Cameron Smith font notamment partie des joueurs auxquels le LIV Golf doit de l’argent.
Rahm qui a par ailleurs quitté le groupe de discussion entre les joueurs et le CEO Scott O’Neil le mois dernier, apparaît même comme le premier créancier avec une créance proche de 7,5 millions de dollars.
LIV ch 11 petition hits the docket. Here are the top 10 unsecured creditors starting with Jon Rahm and Bryson DeChambeau:https://t.co/kO0K6m2ycA pic.twitter.com/g7cmb4DLte
— Sujeet Indap (@sindap) September 8, 2026
Ces montants ne correspondent cependant pas à la totalité de la valeur restante de leurs contrats. Selon le Financial Times, les sommes déclarées concernant les joueurs sont des obligations du troisième trimestre 2026. Plusieurs contrats courent encore sur plusieurs années et représentent potentiellement des dizaines voire des centaines de millions de dollars supplémentaires.
Nul doute que cette situation ne va pas rester sans suite.
Rahm évasif, le LIV fournit des éléments de langages
La question de l’avenir des principales stars devient donc centrale. Rahm et DeChambeau resteront-ils dans le projet LIV 2.0 ou profiteront-ils de cette profonde restructuration pour chercher une autre voie ?
Interrogé mardi avant l’Irish Open, quelques heures avant l’annonce officielle du Chapter 11, Rahm n’avait apporté aucune certitude sur son avenir : « Le temps nous le dira. »
En coulisses, LIV Golf s’efforce également de contrôler sa communication dans cette période particulièrement sensible.
Les joueurs du circuit ont reçu un e-mail d’O’Neil destiné à les préparer aux questions des médias sur le placement sous Chapter 11.
- Il s’agit d’une étape importante dans la transition de LIV Golf vers LIV Golf 2.0.
- LIV Golf dispose d’une véritable dynamique pour parvenir à une transaction.
- LIV Golf 2.0 vise à construire une ligue plus durable sur le long terme. »
De son côté le CEO assure continuer à croire profondément à l’avenir du circuit.
« Ce processus nous donne la structure et le temps nécessaires pour poursuivre une transaction historique et commencer le prochain chapitre de LIV Golf ».
Les joueurs deviendraient propriétaires du circuit
Cette renaissance s’accompagnerait surtout d’un bouleversement du modèle économique.
Dans le projet actuellement envisagé, les joueurs deviendraient collectivement les propriétaires majoritaires de LIV Golf. La ligue affirme être en discussions avancées avec eux afin de mettre en place cette nouvelle structure.
Une façon de remplacer progressivement le modèle initial, presque entièrement financé par l’argent saoudien, par un système dans lequel les joueurs seraient directement intéressés à la réussite économique du circuit.
Le nouveau format
Le LIV Golf 2.0 ne ressemblerait d’ailleurs plus tout à fait au circuit lancé par Greg Norman en 2022.
Dans une lettre adressée aux fans, Scott O’Neil a déjà dévoilé plusieurs pistes pour 2027.
Le champ passerait notamment à 75 joueurs, contre 57 récemment. Plus symbolique encore : un cut serait introduit après 54 trous, alors que l’absence de cut constituait depuis le lancement l’une des principales particularités du LIV.
Des qualifications le lundi feraient également leur apparition afin d’offrir de nouvelles portes d’entrée vers le circuit. Le concept des équipes serait conservé mais pourrait davantage s’appuyer sur les nationalités des joueurs.
LIV souhaite également conserver une présence internationale avec des tournois notamment en Australie, en Afrique du Sud, au Mexique, en Angleterre, à Hong Kong et aux États-Unis.
Le LIV joue désormais sa survie
Le dépôt sous Chapter 11 constitue malgré tout le moment le plus critique traversé par LIV Golf depuis sa création.
Après quatre années durant lesquelles les milliards du PIF ont permis d’attirer certaines des plus grandes stars mondiales à coups de contrats records, le circuit doit désormais démontrer qu’il peut survivre avec un modèle économique beaucoup plus traditionnel et de nouveaux investisseurs.
L’identité des joueurs qui accepteront de participer à cette nouvelle aventure sera probablement déterminante.
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