Parcours

De l’air ! une chronique de Kristel Mourgue d’Algue

26 juillet 2020

Golf Planète a le plaisir de publier une chronique de Kristel Mourgue d’Algue, consacrée cette semaine à la présence des arbres sur les parcours.

 KMA est une ancienne joueuse du circuit européen, correspondante de Golf Magazine USA, co-propriétaire du Grand Saint-Émilionnais Golf Club et Ambassadrice « Golf » des Hôtels Beachcomber ».


De l’air !


 

Les arbres, ces « grands végétaux vivaces, ligneux, rameux, atteignant au moins sept mètres de hauteur et ne portant de branches durables qu’à une certaine distance du sol », constituent d’indiscutables compagnons de vie. Toutefois, leur présence voire leur suppression éventuelle suscite les plus extraordinaires controverses au sein des clubs de golf. Dès la fin du 19ème siècle, le célèbre architecte écossais, Donald Ross (1872-1948), estimait déjà que « Bien que nous aimions tous les arbres, il ne faut pas perdre de vue qu’ils ne doivent tenir qu’une place anecdotique sur les parcours. »

 

Lorsqu’ils sont tenus de restaurer un tracé, les architectes le savent pertinemment ; la gestion des arbres représente le sujet le plus « épineux » à traiter. En effet, dans les années 60, les Clubs cherchaient à tout prix à « embellir » leur parcours. Les arbres, peu onéreux dans leur ensemble, représentaient dès lors la solution idéale. Autres avantages, en été, ils mettent les joueurs à l’abri d’un soleil brulant et à l’automne, ils offrent des couleurs sublimes. « Le bruissement mystérieux des branches et les rayons de lumière qui les traversent le soir venu » exaltent encore leur charme indéniable d’après Ran Morrissett, spécialiste américain de l’architecture pour Golf Magazine. Certains sont devenus emblématiques comme le sycomore du trou numéro 12 de Riviera, baptisé « Bogey’s tree. » L’acteur américain, Humphrey Bogart aimait en effet s’y abriter en compagnie d’un thermos de Jim Beam, pour admirer les swings déliés des professionnels lors de l’Open de Los Angeles. Le Président des Etats-Unis, Dwight Einsenhower quant à lui, tenta de se débarrasser du pin centenaire du 17 d’Augusta National car il était devenu un ami trop proche ! Il n’eut pas gain de cause mais à la suite de la tempête de verglas de février 2014, le vénérable « Ike’s tree » rendit l’âme !

Stratégiquement placés, les arbres procurent aussi un sens de direction et deviennent des obstacles ingénieux. Quant aux heureux golfeurs, ils trouveront dans les arbres des alliés sympathiques, capables de ramener d’éventuelles balles égarées…

La deuxième vague « de boom végétal » eut lieu dans les années 80, aux États-Unis notamment, lorsqu’il s’avéra primordial de se prémunir du risque de responsabilité civile ; les arbres faisant office d’écran entre les trous, surtout sur des propriétés manquant cruellement d’espace. Par la suite dans les années 90, les clubs les ont disséminés maladroitement pour tenter de compliquer le dessin et de lutter désespérément contre les progrès de la technologie.

Fort heureusement, la « révolution » vint du légendaire golf d’Oakmont en Pennsylvanie qui entreprit en 1993, un plan de restauration sur 20 ans, basé essentiellement sur l’abattage des arbres. A quatre heures du matin, armés de projecteurs et de tronçonneuses, conduisant broyeuses et dessoucheuses, les jardiniers faisaient disparaitre un par un, 7 500 « sujets » en l’espace de quelques jours. Depuis 2007, Oakmont en a coupé 7.000 supplémentaires afin de recouvrer l’esprit originel de son fondateur, Henry Fownes en 1903… Fouillant leurs archives, d’autres clubs de renom tels Shinnecock (New York), Olympic (San Francisco), Baltusrol (New Jersey) ou encore Winged Foot (New York), hôte de l’US Open masculin en Septembre, emboitèrent le pas et à leur tour redonnèrent de la respiration à leurs terrains de jeu.

Alors pourquoi un tel revirement ? Tout d’abord, lors de la plantation d’un arbre, il convient de l’imaginer dans un demi-siècle et de se figurer son impact futur. Ses racines rentrent de toute évidence en compétition avec son entourage à la recherche d’humidité et de nutriments, et risquent de bloquer le drainage. Certaines variétés sont à éviter en particulier (sycomores, peupliers, saules, érables argentés…) pour leurs racines traçantes et leurs branches fragiles. Il demeure préférable de diversifier les essences en cas de maladies foudroyantes mais aussi de privilégier celles qui sont indigènes. Ainsi, un suivi attentif se révèle indispensable mais implique un coût récurrent (élagage, traitement…). Selon le greenkeeper de Lake Sapanaway Golf Club à Washington, une gestion raisonnée des arbres a permis une économie de 30% sur les pesticides (www.usga.org, 29 octobre 2019).

S’ils étreignent à outrance greens et départs (moins de 22 mètres précisément selon l’USGA*), les arbres occultent le soleil bienfaiteur du matin et génèrent de l’ombre qui nuit à la photosynthèse et à la pousse de l’herbe. En outre, l’ombre favorise le développement des maladies et du pâturin (mauvaise herbe tant redoutée) et en hiver, elle retarde le dégel et par la même occasion les horaires de départs. Une prépondérance d’arbres nuit également à une circulation salutaire de l’air sur l’ensemble du parcours. De même, placés à proximité des bunkers, ils peuvent les envahir « joyeusement » de feuilles, de glands, d’aiguilles de pins… et nécessiter un entretien additionnel. Dès lors, élaguer peut permettre de découvrir de longue vue sur l’ensemble de la propriété et créer une véritable respiration mais aussi d’admirer différents swings sur les fairways voisins…

Au niveau du jeu, pléthore d’arbres ralentit également le golfeur devenu bucheron le cas échéant ! Lorsque les sous-bois sont nettoyés, tout n’est pas perdu… Les « recovery shots » redeviennent possibles, et le développement de végétaux de qualité telle que la bruyère apporte de belles taches de couleur tout au long de l’année.

Sur le plan stratégique, les arbres peuvent donner une orientation mais en aucun cas ne former des corridors ennuyeux, espacés de manière linéaire, supprimant toute option de jeu ; celui-ci étant devenu unidimensionnel. Trop souvent, une Commission du Terrain zélée a souhaité pénaliser les joueurs intrépides cherchant à couper les doglegs, en y plaçant de façon irréfléchie un voire plusieurs « sujets ».  Elle n’a réussi qu’à éliminer ce qui rendait le trou terriblement amusant, la prise de risque et la satisfaction d’un coup héroïque éventuellement réussi !  Le jeu est également rendu plus exigeant et amusant lorsqu’une plus importante circulation de l’air permet au vent de s’engouffrer entre les trous. L’absence d’arbres pour encadrer les greens demeure également une astuce des hommes de l’art afin de supprimer tout repère visuel ; la perception de profondeur devenant très délicate.

Les links, terres de golf par excellence, témoignent de la noblesse des tracés non boisés. Le plus grand amateur de l’histoire, l’américain Bobby Jones (1902-1971), alla même plus loin en déclarant : « Je ne perçois pas du tout l’intérêt des arbres sur les parcours. » Nul besoin d’apparaitre aussi radical mais ce sport merveilleux évolue dans un environnement vivant, qu’il convient de traiter avec respect et clairvoyance. Prêter l’oreille aux architectes et agronomes se révélera toujours une bonne idée !

*United States Golf Association

 

Kristel Mourgue d’Algue

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