Pour espérer renaître de ses cendres, le LIV va devoir réussir à résoudre une équation quasi impossible. Convaincre au moins la moitié des joueurs sous contrat de continuer, en renonçant à leur créances.
N.C.
Le LIV Golf n’est pas encore condamné à disparaître. Mais pour espérer survivre à son passage devant le tribunal spécialisé dans les faillites, la ligue doit désormais réussir une opération qui ressemble fort à une quadrature du cercle.
Elle doit convaincre suffisamment de joueurs de poursuivre l’aventure, et notamment avoir l’adhésion de ceux à qui elle doit le plus d’argent…
Pas simple me direz-vous ? Et vous avez bien raison !
C’est pourtant ce qu’indiquent les documents déposés dans le cadre de la procédure de Chapter 11, la fameuse banqueroute.
ils détaillent les conditions fixées par BC Partners, l’investisseur providentiel appelé à participer au financement d’un éventuel LIV 2.0.
Le point le plus délicat concerne les dettes du circuit dissident. Pour ce que certains qualifient de ”pire business modèle de l’histoire du sport” réussisse sa mue il faut que la moitié des joueurs sous contrat représentant les deux-tiers des créances du LIV acceptent de poursuivre.
Des stars à convaincre
Si retenir une trentaine de joueurs parait envisageable il apparait peu probable que les meilleurs joueurs comme Rahm ou Hatton accueillent un LIV 2.0 low cost avec le sourire. La plupart ont d’ailleurs déjà commencé à se rapprocher des circuits historiques.
Le LIV ne peut pas se contenter de convaincre une majorité de ses joueurs. Il doit convaincre une majorité des joueurs qui pèsent lourd financièrement.
Ce graphique représentant les sommes d’argent que LIV doit aux joueurs permet d’y voir plus clair.
Jon Rahm apparaît en tête avec une créance de 7,47 millions de dollars, devant Bryson DeChambeau (5,77 M$) et Dustin Johnson (5,49 M$).
Suivent Cameron Smith (4,84 M$), Adrian Meronk (4,44 M$), Tyrrell Hatton (3,37 M$) et Bubba Watson (3,32 M$).
À eux sept, ces joueurs représentent déjà près de 35 millions de dollars de créances. Au total, 24 entités sont créanciers de plus d’un million de dollars. Brooks Koepka fait aussipartie de cette liste (1,68 M$) tout comme le youtubeur Rick Shiels (1,4M$).
L’enjeu est donc considérable. Si plusieurs des plus gros créanciers décident de ne pas poursuivre l’aventure, le LIV ne pourra jamais atteindre les 66,7 % requis.
Le compte à rebours est lancé
C’est précisément ce qui rend le scénario envisagé par BC Partners si délicat. LIV dispose d’une fenêtre d’environ 35 jours (jusqu’au 13 octobre) pour remplir ces conditions. Il ne peut donc ni attendre indéfiniment, ni espérer compenser le départ de ses principales stars par une multitude de joueurs aux créances moins importantes.
Et le contexte ne plaide pas forcément en faveur d’une adhésion massive. Le Fonds public d’investissement saoudien (PIF), qui a permis au LIV de fonctionner à coups de milliards de dollars depuis sa création, a décidé de ne plus financer directement la ligue au-delà de la saison 2026. Entre-temps, le PIF est devenu son prêteur, avec un prêt garanti de 495 millions de dollars, afin de permettre au circuit de terminer sa saison.
La situation de trésorerie illustre l’urgence. Les documents font état d’environ 15 millions de dollars de cash disponible. Dans le même temps, le modèle économique reste fragile. Les droits de diffusion n’ont représenté que 5 % des revenus du LIV, tandis que le sponsoring en constituait environ la moitié en 2025.
À ce stade, la ligue est donc encore loin d’avoir démontré qu’elle pouvait fonctionner comme une entreprise sportive autonome.
300 millions sur la table
BC Partners est pourtant prêt à apporter une bouffée d’oxygène, à ce stade c’est carrément une bouée de sauvetage.
Le financement envisagé atteint 300 millions de dollars, avec l’ambition de permettre au LIV de repartir sous une nouvelle forme. Le projet prévoit notamment que les joueurs reçoivent en échange de leur renoncement à leurs créances une participation majoritaire dans la ligue.
Ceux qui accepteraient de continuer pourraient également obtenir des parts dans leurs équipes et récupérer certains droits liés à leur image et à leur nom.
Les documents judiciaires montrent que le LIV a déjà dû réduire drastiquement ses coûts, allant jusqu’à supprimer près de 90 % de ses effectifs salariés.
Un avenir encore possible
Le LIV a longtemps donné l’impression que l’argent coulait à flot. Les milliards du PIF permettaient de rendre possible ce qui paraissait improbable.
Cette fois, même 300 millions de dollars pourraient ne pas suffire. La véritable bataille des prochaines semaines se jouera auprès de Rahm, DeChambeau, Johnson, Smith, Meronk, Hatton et des autres gros créanciers.















