INTENDANTS DE PARCOURS

3 jeunes greenkeepers français de retour de formation aux USA : leur témoignage passionnant

26 octobre 2020
Les 3 Frenchies de l’Ohio Program (session 2019). De gauche à droite : Lionel Bard (SeaPines), Jean Ruas (Firestone CC et Pebble Beach), Noelick Gourgand (Merion et Austin CC).

Ils sont trois jeunes greenkeepers français qui ont décidé, après la Ryder Cup 2018, de partir aux États-Unis pour parfaire leur formation au sein d’une grande université, Ohio State University.

De retour, Golf Planète a eu la chance de rencontrer deux d’entre eux, Jean Ruas et Noelick Gourgand, qui ont suivi cette formation avec un troisième copain, Lionel Bard.  Ils nous ont raconté leur vie sur le campus et dans les golfs américains. Avec le ferme espoir que leur exemple servira à d’autres jeunes Français qui auront la bonne idée d’aller se former aux États-Unis avant de s’établir comme intendants.

À noter que Jean Ruas intégrera début novembre l’équipe du golf de Seignosse dans les Landes, non loin du Pays basque qui l’a vu naitre.

 

 


De Dunkerque à l’Ohio State University


Golf Planète : Vous avez moins de 30 ans mais votre expérience dans le domaine du golf est déjà importante : pouvez-vous nous résumer votre parcours jusqu’à votre départ pour les USA 

Jean Ruas : J’ai commencé le golf à l’âge de 8 ans sur le golf de la Nivelle au Pays basque. Vers l’âge de 16-17 ans, j’ai commencé à m’intéresser à l’architecture des golfs ainsi qu’à leur maintenance. En France, il existe une formation d’intendant de terrain de golf. Elle est à Dunkerque et le diplôme est certifié par la FFGolf.  Pour l’intégrer il faut un BTS (bac +2) ou 6 ans d’expérience dans le domaine. Durant mon BTS, j’ai eu ma première expérience sur la gestion d’un golf grâce à un échange Erasmus sur un golf argentin. Expérience révélatrice qui m’a conforté dans l’idée de poursuivre dans ce domaine. En 2013, j’intégrais la formation de Dunkerque avec un stage sur le golf d’Opio-Valbonne. 
Diplômé en 2015, j’ai ensuite été intendant adjoint pendant 4 ans sur le golf de la Grande Bastide, dans les Alpes Maritimes. 
En avril 2019, j’étais dans l’avion en direction d’un nouveau challenge aux USA. 

Noelick Gourgand : J’ai aujourd’hui 27 ans et j’ai participé en 2014-2016 à la formation intendant de parcours de golf à Dunkerque. Après une réorientation professionnelle, j’avais entamé le cursus d’intendant à 21 ans. Je sors en 2016 de la formation effectuée en alternance avec le Royal Mougins Golf Club avec le diplôme d’intendant en poche.
Je postule alors à Rosedale Golf Club au Canada dans un golf privé dans la ville de Toronto pour une durée de 1 an.
Ensuite, j’ai été à Brisbane Golf Club en Australie pour 6 mois car je voulais de l’expérience avec les graminées C4.

GP : Pourquoi avez-vous décidé de vous remettre en question, de quitter un travail stable et d’aller dans l’Ohio aux États-Unis pour replonger dans la formation d’intendant ?

Jean Ruas : En 2018, lors de la Ryder Cup sur le Golf National à Paris, j’ai rencontré Mike O’Keeffe manager de l’Ohio State Turfgrass Managment Program. Mon profil l’a intéressé et m’a proposé d’intégrer sa formation. Sur le vol retour de la Ryder Cup, nous avons eu un échange très constructif avec Richard Meyrieux (j’étais son adjoint sur le golf de la Grande Bastide) : il m’a convaincu qu’une expérience sur des parcours de golfs accueillant des tournois importants me serait très bénéfique pour mon évolution professionnelle. Les équipes du Golf National menées par Alejandro Reyes et Lucas Pierré (ancien étudiant de l’Ohio State University) avaient fait un travail exceptionnel lors de cette Ryder Cup. Avec la proposition de Mike, se présentait à moi l’occasion parfaite de me former et d’étoffer mon CV pour pouvoir un jour accueillir en tant qu’intendant un événement majeur. C’est ainsi qu’à la fin de l’année 2018, j’ai décidé de quitter mon poste d’adjoint et d’envoyer mon dossier à l’Ohio Program.

Noelick Gourgand : La remise en question est, selon moi, la seule option pour découvrir et acquérir des connaissances dans ce métier. J’ai eu à faire un choix : pas facile à la fin de mon contrat au Canada. L’intendant voulait m’embaucher en CDI alors que j’avais en tête de faire L’Ohio State Program. À cette période, je savais que faire ce programme allait m’ouvrir plus de portes à l’avenir.

Firestone CC, trou 16 (surnommé « the Monster » par Arnold Palmer durant le Bridgestone Senior Player


Pebble Beach, Muirfield Village, Cypress Point, Austin, Merion…


GP : Quels ont été les programmes que vous avez suivis, les golfs visités, les rencontres intéressantes faites ?

Jean Ruas : L’Ohio Program permet aux étudiants sur une période de 6 à 18 mois de travailler sur deux à trois golfs différents, en période hivernale dans le sud du pays et estivale dans le nord. L’étudiant communique au manager ses intérêts et il l’orientera vers des golfs répondant à ses attentes. Pour ma part, il s’agissait de la préparation de tournois et de la construction. Ce qui fait la réputation de ce programme est que l’on fait des stages exclusivement sur des golfs de renom. J’ai passé le premier semestre sur le golf privé de Firestone Country Club à Akron, dans l’Ohio. J’ai ainsi préparé pour la première fois un tournoi majeur du PGA Champions, le Bridgestone Senior Player. J’ai ensuite été transféré en Californie sur le golf de Pebble Beach pour une année. Nous y avons accueilli un tournoi du PGA Tour ainsi qu’un tournoi du PGA Champions. J’ai aussi participé à la construction d’un nouveau 9 trous dessiné par Tiger Woods. Cette formation m’a permis de me créer un réseau, de visiter de nombreux golfs comme Muirfield Village, Scioto, Spanish Bay, Spyglass Hill, Cypress Point … Et aussi de rencontrer des architectes de parcours  (Bill Coore, Ben Crenshaw…). Le programme permet aussi à tous les étudiants d’obtenir une invitation pour le Golf Industry Show, le salon professionnel des métiers du golf. Nous y avons rencontré des personnalités du greenkeeping du monde entier. Nous participons à des séminaires et à des conférences dispensées par les plus grandes universités américaines. Les plus récents matériels et techniques y sont aussi exposés et expliqués.

Noelick Gourgand : Comme Jean, j’ai suivi la formation proposée par Mike O’Keeffe avec l’Ohio State Program. J’ai fait 12 mois avec deux placements de 6 mois. Mon premier hôte fut Paul B. Latshaw à Merion en Pennsylvanie et ensuite Bobby Stringer JR à Austin Country Club au Texas. J’ai été volontaire pour faire la préparation de tournois PGA tour avec Le Memorial Tournament à Muirfield Village et le WGC Dell Match Play à Austin CC.
J’ai également été au Golf Industry Show à Orlando afin de suivre des formations et retrouver les autres frenchies du programme : Jean Ruas et Lionel Bard.
Je ne peux vous présenter toutes les rencontres professionnelles et amicales tant elles sont nombreuses !

Un bureau magnifique avec vue sur Carmel Bay, Californie (je change les trous et mesure l’hygrométrie des greens)


Le bilan surpasse nos attentes


GP : Si vous deviez dresser un premier bilan de votre année américaine, que diriez-vous ?

Jean Ruas : J’ai d’abord bien amélioré mon anglais et ça ce n’était pas gagné ! Si je faisais un premier bilan, je dirais que j’ai vécu une expérience professionnelle unique et je me suis créé un réseau international. Mais au-delà de ça, j’ai aussi pu vivre des expériences personnelles de voyages, de rencontres et d’amitiés incroyables. 

J’ai pu constater que le métier d’intendant est très respecté aux USA. En France, il me semble qu’il est méconnu et pas aussi valorisé qu’il ne l’est Outre-Atlantique. C’est pour cela que je suis fier de faire partie de ces jeunes intendants qui choisissent de revenir en France pour faire rayonner cette profession et faire connaître ce métier passionnant pratiqué par des passionnés.

J’espère que dans un futur proche grâce au travail accompli par nos aînés et par l’envie de formation internationale des jeunes intendants, les greenkeepers français seront reconnus pour leur travail et leur expertise.

Noelick Gourgand : Mon bilan de cette année surpasse mes attentes et mes objectifs qui étaient d’apprendre un maximum sur l’entretien de parcours de golf. La culture et le niveau d’exigence sont à des années lumières de l’entretien classique de nos golfs. Il faut juste prendre les idées réalisables ou en adéquation avec l’économie des golfs en France.


Travail, rigueur, ouverture, reconnaissance : la politique du donnant donnant


GP : À un jeune qui aimerait suivre votre itinéraire, que lui conseilleriez-vous ?

Jean Ruas : Je le pousserais à faire avec conviction la formation française de greenkeeping à Dunkerque, passage obligé avant de postuler à l’Ohio Turfgrass Program. Je lui dirais aussi que durant mes stages, on m’a demandé une grande disponibilité (certaines semaines au-delà de 80 heures !) une qualité de travail et une rigueur irréprochables. Aux USA, tout est donnant-donnant, une grande implication abouti à une reconnaissance rapide de la part des responsables. Ainsi ils transmettent leurs savoirs, leurs carnets d’adresses et rapidement nous confient des responsabilités. Une formidable expérience.

Noelick Gourgand : Afin de changer la vision et l’état d’esprit du monde de l’entretien golfique en France, il est nécessaire de former un maximum de jeunes passionnés en dehors de nos frontières. L’avantage est qu’il est extrêmement facile de trouver un poste à l’étranger dans notre domaine.
Foncez et apprenez de vos erreurs pour revenir plus aguerris en France.

Première tonte sur les nouveaux greens du parcours dessiné par Tiger Woods à Pebble Beach

 

 

 

 

Dans la même catégorie
18 octobre 2020 | LA CHRONIQUE D'IVAN MORRIS

Deux seniors parlent de la longueur des parcours… et trouvent une solution !

Conversation entre deux septuagénaires, fous de golf et qui ont bien du mal à trouver le chemin de la sagesse, jusque dans leur carte de […]

20 septembre 2020 | EIGCA

95% des architectes européens de golf pensent qu’il faut prendre des mesures concernant les distances

Les architectes de golf sont réunis en Europe dans une association représentative et dynamique : le European Institute of Golf Course Architects (EIGCA). L’institution basée […]

24 août 2020 | ENQUÊTE GOLF PLANÈTE

Golf et Environnement (reprise). 3ème partie : des parcours exemplaires

Après le constat qui constituait la première partie du dossier, puis la recherche de solutions pour améliorer la pratique, voici maintenant le dernier volet de […]

26 juillet 2020 | Parcours

De l’air ! une chronique de Kristel Mourgue d’Algue

Golf Planète a le plaisir de publier une chronique de Kristel Mourgue d’Algue, consacrée cette semaine à la présence des arbres sur les parcours.  KMA […]

20 juillet 2020 | NOUVEAU RESORT

Rencontre avec Robin Hiseman (EGD), architecte du golf de Okol en Bulgarie

Golf Planète a choisi de suivre des architectes de golf renommés dans leurs projets en cours de réalisation. Après Gil Hanse, le mythique architecte américain […]