La chronique de Philippe P. Hermann

L’art d’oublier des magiciens

7 juin 2021

Avez-vous vu jouer Phil Mickelson au PGA Championship à Kiawah Island ? Transparent depuis des mois il a ressorti de son sac des coups qu’on croyait enfouis à jamais. Un apprentissage par l’exemple.

 

A quelques semaines de son 51e anniversaire, Phil Mickelson fût l’un des rares à surnager au naufrage collectif imposé par l’Ocean Course de Pete Dye, sortant son meilleur golf et des coups oubliés pour gagner, alors que, depuis quatre ans, il ne posait que du vide sur son palmarès avec mille questions sur son avenir.

Vivre sur sa lancée déclinante de star ? Se consacrer à la famille ? Consolider sa retraite sur le tour senior ? Tout laisser tomber, taraudé par le souvenir de ces bêtises le séparant toujours d’un US Open victorieux ? Revoir son swing au risque de le perdre totalement ? Mais toujours affable, sourire imperturbable, humour vif, disponibilité pour les fans.

 

D’une autre planète

Nous perdons nos moyens pour des soucis bien moindres que cela. Voilà ce qui nous sépare de ces champions ou ces joueurs qui vivent au cœur du golf. Ils finissent toujours par nous servir des coups qui dépassent l’entendement.

Quand ils s’appellent Sergio Garcia au PGA Championship 1999, Tiger Woods au 16 d’Augusta, Jordan Spieth à Royal Birkdale, cela s’admet à la façon d’un Neymar mettant dans le bleu trois adversaires sur ses coups de patte magiques.

 

 

 

 

Quand on s’appelle Botts, c’est déjà plus complexe à saisir. Botts?

Un eagle irréel

Aujourd’hui super-senior, Rafe Botts, un grand (par la taille) joueur de couleur, pro quasi inconnu qui l’est resté, était venu de Californie disputer l’Open de Suisse 1981. Sur quatre coups venus d’ailleurs, il renvoyait le témoin-amateur à ses chères études, plongé dans un abîme de réflexion.

Au 5 du parcours de Crans s/Sierre, un par 4 de 333 mètres en sévère dog-leg droit, au green caché derrière un profond et haut rideau forestier, son drive (persimmon) volait par-dessus les grands arbres pour se poser au drapeau. Eagle !

On en a vu des eagles sur ce trou, mais sur des approches, très rarement sur un drive, y compris avec les drivers surpuissants d’aujourd’hui. Ceux qui s’y sont alors essayé en pleurent encore. Et deux trous plus loin, au 7 carte postale dominant la vallée du Rhône, ce total inconnu ramassait un autre eagle pour passer en tête (67, 67) d’un tournoi qu’il ne gagnera pourtant pas à force de trop penser, et d’additionner les bévues le week-end venu (73, 73). Se les reprochant amèrement très abattu.

 

Rafe Botts à l’Open de Suisse en 1981 ©Getty Image / Crans sur Sierre

 

Des arbres ? Quels arbres ?

Le lundi, le voilà disputant une dernière partie au Golf de Divonne avant de reprendre l’avion pour les Etats-Unis. Au 13, un long par 5 de 521 mètres tout en montée et en dog-leg droit, jouant des tees les plus arrières, il se retrouvait à deux mètres du drapeau au bout d’un drive suivi d’un fer 3 à l’aveugle coupant par-dessus tous les arbres encombrant son paysage. Eagle ! 

Et dire qu’on s’extasie devant les distances des pros d’aujourd’hui. Botts était un sacré précurseur. Ainsi au 17, un court par 5 (435 mètres), voilà son drive complètement bloqué par un rideau d’arbres à gauche du fairway bouchant complètement la ligne directe de vol de son second coup.

Entre sa balle et les arbres, vingt, peut-être trente mètres. Son fer 7 partait complètement à droite, en diagonale donc, en direction hors limite. Puis, comme téléguidée, sa balle amorçait un virage brutal sur l’aile gauche, pas à 90° mais presque, pour revenir vers le green et se poser au drapeau. Donné !

 

Un monde de différence

Voilà bien tout ce qui nous sépare de ces pros, de sacrés bonhommes, ou même de ces jeunes joueuses attendues à l’Evian Championship fin juillet. L’amateur peut décortiquer leurs coups toute une vie. Il ne fera qu’en rêver. Et si, à la façon d’un Weiskopf au 12 d’Augusta, le voilà sortant d’un par 3 avec un 13 écrasant, soyez sûr qu’il ne s’en relèvera pas de sitôt. Le pro, lui, sera de nouveau d’attaque à la première occasion. Un monde de différence.

 

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