HISTOIRE ET COLLECTIONS

Le golf dans l’art. 1. L’École de Nice

13 décembre 2020
Sosno. Swing

Golf Planète s’intéresse de près à la place du golf dans l’art. Et Jean-Bernard Kazmierczak, historien et collectionneur, nous invite aujourd’hui à découvrir les représentations artistiques liées au jeu de golf. À vrai dire, ce thème mériterait un ouvrage complet – et il y en a eu d’ailleurs de nombreux édités par le passé – aussi n’aurons-nous pas la prétention d’être exhaustifs. Loin de là ! Mais si ces lignes pouvaient donner envie de commencer une collection, nous en serions heureux !

Le golf est certainement l’un des jeux sportifs les plus répandus dans le monde. On ne sera donc pas surpris que bien des artistes se soient intéressés à lui et nous en aient laissé des représentations. Nous avons voulu partager avec vous quelques-unes de ces œuvres extraites de collections particulières (nous remercions les diverses personnes qui nous ont donné accès à leurs merveilles et autorisés à les partager avec Golf Planète).

Mais aussi, nous voudrions lancer un appel : nous savons que bien des clubs, en France, mais aussi sur le continent européen, possèdent des objets d’art liés au golf et à son histoire. Le golf de Pau en est un exemple remarquable – nous en reparlerons. Ou peut-être êtes-vous vous-même un collectionneur ou un artiste possédant des œuvres liées au golf. Même si ce n’est qu’une œuvre ou deux que vous – ou votre club – possédez et chérissez, nous vous serions reconnaissants de prendre contact avec nous. Nous aurons prochainement le plaisir de partager vos merveilles avec nos lecteurs … qui auront peut-être envie de se déplacer sur ces golfs pour découvrir à la fois le parcours et les œuvres d’art.

Si une personne veut entrer en contact avec nous soit pour participer à cette rubrique soit pour nous proposer des pistes de travail, un seul contact, le mail de JBK : golfika@yahoo.fr


L’École de Nice et le golf


Nous commencerons aujourd’hui par un exemple représentatif d’une collection thématique : l’Ecole de Nice et le Golf.

Ben (Ben Vautier) raconte les origines de cette école : « En 1947, un jour, sur la plage à Nice, Klein, Arman et Claude Pascal décident de se partager le monde. Klein choisit le ciel avec son infini, […] et ainsi commença son aventure monochrome ». Ce bleu outremer, Klein lui donnera son nom : IKB pour International Klein Blue. Dans ce partage, Claude Pascal choisit l’air et Arman, la terre. Ce sont eux, avec Martial Raysse qui vont créer un “Nouveau Réalisme” qui met l’objet au rang d’oeuvre d’art. Ce mouvement verra sa consécration en France avec l’exposition « A propos de Nice » au musée Beaubourg en 1977 pour son inauguration.

Mais c’est certainement lors d’une importante exposition à Miami, en 1967, que Sacha Sosno sera le premier à utiliser le nom d’« Ecole de Nice ». Si le mouvement des « Nouveaux Réalistes » a été dissous en 1970, l’Ecole de Nice reste encore aujourd’hui particulièrement vivante et compte de très nombreux noms, que nous évoquerons ici.

De nombreux critiques d’art ont tenté de définir l’artiste de cette « Ecole ». D’abord, il se tient éloigné de l’académisme. Une partie importante de son travail a été conçu dans la ville de Nice ou ses environs proches – mais ce dernier point tient davantage au fait que ces artistes ont besoin de partager, d’échanger leurs points de vue … et que la plupart vivent dans cette région.

Si nous ne connaissons pas d’œuvre directement liée au golf de Ben, nous avons eu la surprise de voir un grand nombre de clubs de golf dans sa villa-atelier. Peut-être des créations futures ?

Sacha Sosno, dans cette Ecole, est peut-être l’artiste le plus investi dans le golf. Il est né à Marseille le 18 mars 1937, d’un père balte et d’une mère niçoise et il a passé son enfance entre Riga et Nice. C’est dans cette ville qu’il découvre la peinture par hasard alors qu’il vivait dans un appartement à côté de Matisse. En 1956, il rencontre Arman et Yves Klein et après avoir découvert la peinture monochromatique de Klein, Sosno détruit toutes ses œuvres précédentes, brûlant toutes ses peintures. En 1961, il fonde un magazine « Sud Communication » où il présente pour la première fois une théorie de « l’Ecole de Nice ». Quelques années plus tard, il introduira le concept d’ « oblitération » que l’on pourrait définir comme « masquer certaines parties d’une image, d’une sculpture pour mieux les voir ».

Au cours de ces vingt dernières années, il s’est intéressé au lien entre la sculpture et l’architecture – en particulier l’architecture urbaine. Plusieurs de ses œuvres ont pu être vues sur la Côte d’Azur et l’une d’elles bien connue et impressionnante est la « Tête Carrée », haute de 28 mètres, qui accueille la bibliothèque régionale de Nice, inaugurée en juin 2002.


Mais où est la balle ?


Mais Sacha Sosno était aussi un grand passionné de golf et cela explique certainement qu’il ait réalisé un grand nombre d’œuvres liées à ce jeu. Je voudrais ici remercier très chaleureusement sa femme, Mascha Sosno, qui m’a fourni un grand nombre d’images et aussi apporté beaucoup de précisions.

Il est généralement admis que sa première référence à notre jeu est une sculpture en bronze, datée de 1991 (40 x 18 x 12 cm) intitulée « Mais où est la balle ? ».

Une œuvre extrêmement connue peut être admirée en jouant sur le parcours de Monte-Carlo, au trou numéro 6. Elle est faite d’un grand acier découpé et appelée «Swing in the Green» (130 x 205 cm). Elle a été conçue en 1995 et représente un golfeur au sommet du backswing. Une variante a été éditée l’année suivante, avec une forme similaire mais de type silhouette et de taille plus élevée (120 x 230 cm), nommée « Birdie ».

Sculpture de Sosno, trou 6, Monte-Carlo

Carte postale représentant une sculpture de Sosno

En 1997, Sosno reprend la première version, mais cette fois sur une plaque de cuivre doré, beaucoup plus petite, puisqu’elle ne fait que 27,5 cm de haut. Elle est intitulée « Swinging on the green ».

En 1999, il réalise cette sculpture (d’environ 25cm de hauteur) représentant le lion de Peugeot oblitéré par des balles de golf. On se souvient que Peugeot était très impliqué dans le golf à cette époque.

Valberg. Les couleurs du drapeau sont vues au travers de la sculpture. (H= 210 cm)

En 2001, Sosno fait une nouvelle sculpture avec une position différente du swing. Là encore, il reprend sa première idée et réalise deux versions « A good swing » l’une en acier découpé, 60 x 36 cm, avec une variante de 2m de haut et une autre, une silhouette (92 x 61 cm).

En 2003, il présente un troisième type de sculpture « A good finish ». Là encore, nous pouvons trouver deux versions : une en acier plein et une silhouette de presque la même taille (200 x 110 et 210 x 96).

La première version peut être admirée au Golf Club de Valberg qu’il a parrainé et dont il a suggéré l’emplacement.

 

Cette sculpture sera reprise en dimension plus petite, pour servir de trophée : en 2003, on a une plaque en acier rouge (H = 34 cm) et en 2004 en laiton patiné (H = 30 cm).

Puisque nous parlons de trophées, on notera que Sosno en a également réalisé un, en 2008, une plaque représentant une femme au finish (H = 30 cm).

 

 

 


Golfing Venus by Sosno


Mais deux sculptures, en bronze, méritent qu’on en présente ici une image. L’inspiration est assez voisine : une statue de bronze est oblitérée par des clubs de golf.

 

Woman swing, 2007 (H = 135 cm)

Vénus au putting, 2010 (H = 161 cm)

On terminera les sculptures en citant un projet qu’à fait Sosno en 1995 pour Air France et qui représente un avion traversant une balle de golf.

Par ailleurs Sosno a conçu deux lithographies (approx. 62 x 48 cm) éditées chacune à 50 exemplaires.  Toutes les deux sont l’illustration du principe de l’oblitération évoqué plus haut. Pour le drive, c’est une balle de golf qui masque le visage du golfeur. Pour la sortie de bunker, c’est du sable qui est collé sur la lithographie et qui masque le joueur. On pourrait parler de multiple-unique ! Certes, une lithographie est un « multiple » mais le collage du sable n’est jamais deux fois identique, rendant chaque œuvre « unique ». A noter qu’il existe une variante lithographique reprenant le golfeur au tee-shirt rouge, mais oblitérée par des mosaïques. Nous présentons ci-dessous les deux classiques :


Arman : 4 hommages au golf


Armand Pierre Fernandez, dit Arman, est, nous l’avons vu, l’un des trois premiers créateurs de ce mouvement. Il semblerait que sa contribution au golf se limite à quatre œuvres :

·       une sculpture « l’Open du golf » (hauteur approx. 42cm) réalisée en 1989 à huit exemplaires. Cette œuvre a été réalisée pour le trophée AGF de Biarritz. Pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir l’original, un pin’s 3D de belle qualité a été réalisé, reprenant cette œuvre.

·       une lithographie de grand format (image dim. approx. 67×45, papier 75×56 cm), dite “Fairways et greens », a été faite pour le Lancôme Golf Trophy Award, en 1998.

·       une sculpture « golf tees » (dim. approx. 41x22x4 avec support d’origine) réalisée en 2003 qui représente une accumulation de tees dans la résine. Tirage à 99 exemplaires.

·       cette inclusion de tees n’est pas la première d’Arman. En 1988, il avait déjà réalisé une telle sculpture en résine, mais de taille beaucoup plus grande (dim. approx. 77x56x8). En revanche les tees sont fortement espacés et la résine moins translucide.

 


Et César créa l’affiche du Trophée Lancôme


César, bien connu pour ses compressions et l’affiche (160×120) qu’il a réalisée pour le 22e Lancôme, en 1991, s’inspire de cette technique, pour nous offrir un globe qui pourrait être composé de balles de golf et des greens, compressés pour former une mappemonde.


Le cas Moya


On terminera avec (Patrick) Moya. Même si nous ne connaissons pas d’œuvre spécifiquement dédiée au golf de cet artiste, nous ne résisterons pas au plaisir de partager avec nos lecteurs ce merveilleux dessin que Moya nous a généreusement offert comme dédicace du livre de Florence Canarelli « Le cas Moya ».

Signalons qu’une sculpture représentant Molly, la petite brebis, est visible à Châteauneuf-de-Grasse, au Bistrot du Golf de la Grande Bastide.

Enfin, un clin d’œil en guise de conclusion. Si aujourd’hui les artistes de l’école de Nice se croisent à la Villa Arson qui est devenue en 1972 un centre qui a pour mission la formation artistique, le soutien à la création et à la diffusion de l’art contemporain, cet endroit a été à la fin du XIXe siècle, un hôtel qui a hébergé le tout premier golf de la ville de Nice (avant même celui de Cagnes-sur-Mer, qui lui aussi a disparu).

Ce n’était qu’un parcours de 9 trous, inauguré en novembre 1894 par le professionnel du golf de Cannes. La boucle est bouclée …

 

Bibliographie sur l’École de Nice :

Ben, Réédition des bag’arts de Ben, 2 vol. (1979-1988), sous emboîtage cartonné, éd. Milan, 1991.

Ralph Hutchings, Sosno à ciel ouvert, Verlhac Editions, Paris, 2013.

Franck Leclerc, dir. Artistique, L’Ecole de Nice, Verlhac Editions, Paris, 2010.

 

Jean-Bernard Kazmierczak

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